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L'écriture abréviative de Scott de Martinville
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mttiro



Inscrit le: 27 Sep 2011
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MessagePosté le: Ven 21 Oct 2011 8:26 am    Sujet du message: Cas d'application de l'EASM de Scott de Martinville Répondre en citant

Petits travaux pratiques sur l'EASM (Ecriture abréviative de Scott de Martinville)


Ces travaux pratiques visent un objectif très réduit. Il s'agit de montrer à nouveau,
dans l'esprit de (ce que j'ai appelé) l'EASM, comment on peut réduire les mots de façon efficace.
Mais je procéderai à des commentaires considérablement plus développés que ceux de Scott de Martinville.

Dans une prise de notes rapide en EASM, comment condenser le mot graphique "république" en évitant l'ambiguïté ?

Rappelons que, dans le système EASM de Scott de Martinville, l'abréviation d'un tel mot se fait à l'issue
d'une décomposition morphologique radical + suffixe, ici "républ-ique" (que "républ- soit lui-même complexe
en latin, puisqu'il est issu de "res" + "publica", cela ne nous troublera pas, car, en tant que francophones,
nous n'avons pas à faire de l'étymologie continuellement).

Il faudra donc condenser séparément le radical et le suffixe. Scott recommande, chaque fois que c'est possible,
de réduire par une seule lettre le radical d'une part, et le suffixe d'autre part. Ici "républ" donnerait "r-" et "-ique",
pour suivre la liste des finales donnée par Scott lui-même (en section 27, bas de la page 153 de son Histoire
de la sténographie) donnerait "q". Résultat : "rq".

Est-ce que l'abréviation "rq" risque de nous conduire vers des confusions à la relecture ?

Indépendamment de tout contexte, nous pouvons dresser la liste des mots français (figurant dans un gros dictionnaire)
qui pourraient théoriquement être compactés sous la forme "rq". Chose qui était impensable à l'époque
où Scott de Martinville a conçu son EASM, il existe maintenant sur Internet des sites permettant d'explorer
un lexique français volumineux en vue de jeux linguistiques comme les mots croisés, le Scrabble, les anagrammes, etc.
Par exemple, si je vais sur :
http://www.dcode.fr/recherche-de-mots
je peux demander tous les mots de structure "r*ique", où le joker "*" symbolise toute séquence de lettres de longueur
et de nature quelconque.

J'obtiens 44 mots classés par ordre croissant de longueur graphique (corrélée au nombre de syllabes phonologiques).
Malgré les différences de personne à personne, ceux qui peuvent être raisonnablement connus sont, à mon avis,
un peu plus de la moitié de cet effectif, soit :
rabique, rebique, relique, repique, runique, réplique, rubrique, rustique, rapplique, robotique, rythmique, rabbinique,
rachitique, r(h)apsodique, réexplique, république, revendique, rhétorique, romantique, radiologique, radiophonique,
radioscopique, rhumatologique, radioélectrique.

Ensuite, dans cette assez longue liste, on pourra considérer intuitivement, sans consulter des listes de fréquence,
que les plus courants sont cette petite dizaine : relique, réplique, rubrique, rustique, rythmique, république,
revendique, rhétorique, romantique. Ces neuf mots sont en général des noms ou des adjectifs (ou des mots
qui peuvent être soit nom soit adjectif), "revendique" étant un verbe, et "réplique" pouvant être nom ou verbe.

Si, en suivant les principes de l'EASM, je pratique la "réduction du radical" au "radical absolu" (une seule lettre),
la forme "rq" pourra recouvrir a priori ces neuf mots, sans parler des 44 - 9 = 35 autres. Si la réduction s'arrête
au "radical étroit" (les radicaux étroits sont ceux qui "ne contiennent que les lettres indispensables pour les distinguer
d'un autre radical commençant par la même initiale"), "ré-" couvrira seulement les deux mots "réplique" et "république".

On peut par ailleurs avoir recours à la "caractéristique", c'est-à-dire "la lettre qui, ajoutée à la racine étroite
ou à la racine absolue, en restreint l'étendue pour que cette racine composée ne puisse convenir qu'au mot
que le sens appelle à l'exclusion des deux ou trois mots qui pourraient recevoir cette même racine".
Cette caractéristique "est presque toujours la consonne qui commence la seconde syllabe du mot,
quelquefois la troisième, bien rarement la quatrième".

Dans ce cas les abréviations des neuf mots en EASM seront respectivement : rlq, rpq, rbq, rsq, rtq, rpq, rvq, rtq, rmq.
Il y a possibilité de confusion pour "rpq" = "réplique", "république", et pour "rtq" = "rythmique", "rhétorique".

[Bien entendu, je pourrais décider que "rq" = "république", "rpq" = "réplique", "ryq" = "rythmique", "rhq" = "rhétorique".
Les autres ne posent pas de problème : rlq, rbq, rsq, rvq, rmq. On arrive pas loin d'une réduction au tiers,
en nombre de lettres, par rapport à la graphie pleine.]

Soient "république", "romantique", "rhétorique", "réplique", "rythmique". Tous ces mots, ou la majorité d'entre eux,
peuvent-ils figurent dans une même unité de discours ? Oui. Par exemple, j'en trouve quatre sur cinq (sauf "réplique")
dans ce document sur le style du général de Gaulle
(qui pourrait être une conférence sur laquelle je prends des notes) :
http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/accueil/oeuvres/charles-de-gaulle-ecrivain/le-style-du-general
-de-gaulle-par-francis-quesnoy.php

Si "république", "romantique", "rhétorique" et "rythmique" sont tous abrégés en "rq", la confusion potentielle existe.
Si les abréviations respectives sont "rpq", "rmq", "rtq", "ryq", la confusion disparaît. On pourra aussi préférer réserver
l'abréviation maximale, bilittère, "rq" au mot le pus attendu, "république" (voir aussi plus bas un autre exemple
du même procédé), les trois autres mots présentant une abréviation trilittère.

On trouvera facilement des documents sur Victor Hugo, sur Lamartine, où figurent "république" et "romantique".

On trouvera non moins facilement des documents où figurent "république" et "revendique", et même ceci,
avec les deux mots adjacents : "'Debout la république' revendique sa part dans la victoire" ("Debout la République"
est le nom d'un parti politique).

Dans des documents sur la "robotique humanoïde", on va trouver à distance pas nécessairement élevée "robotique"
et "rythmique" (le robot devant mimer certains mouvements humains rythmiques), donc "rq" pour ces deux mots
pourrait être ambigu. On pourra décider que l'abréviation la plus poussée sera affectée au mot le plus courant,
le plus attendu (par fréquence consolidée sur toutes les sous-variétés confondues, et par dispersion maximale
dans les sous-variétés de discours sur la robotique), non-marqué. Donc "rq" = "robotique", non-marqué, et,
mettons, "ryq"= "rythmique" pour le mot marqué.

Je rappelle que, dans tout ce qui précède, a) tout d'abord j'ai pris les mots bruts, ne faisant qu'une fois allusion
à leur catégorie grammaticale (nom, verbe, adjectif), dont les emplois en contexte ne se recouvrent pas nécessairement,
et que, b) ensuite, je n'ai pratiquement jamais tenu compte des possibilités de lever l'ambiguïté par le contexte large ou étroit.
Scott de Martinville, comme tous les concepteurs attentifs de systèmes tachygraphiques, n'a pas tort d'observer que,
en contexte, les possibilités de confusions sont fortement réduites.

Plus largement, il est d'ailleurs à noter que, suivant les besoins individuels, il est imaginable, et même recommandable,
qu'une réduction donnée corresponde ici à un mot, là à un autre mot. Si je suis un étudiant qui prend des cours d'histoire,
"rq" évoquera par priorité "république". Si je suis étudiant de lettres, "rq" pourra être plutôt "rhétorique", ou "romantique",
ou même pour "réplique" en contexte théâtral. Si je suis roboticien, "rq" rendra "robotique".

Si je suis hébraïsant, "rq" sera mis pour "rabbinique". En effet on trouve facilement un document comportant cette phrase,
avec "rabbinique" et "république" proches l'un de l'autre : "La Chambre arbitrale Rabbinique est une Cour d'arbitrage
en totale conformité avec les Lois de la République." Donc dans la spécialisation (même momentanée) dans
les questions de judaïsme, "rq" sera préférentiellement "rabbinique", et "rpq" sera "république". Si par ailleur
je suis juriste constitutionnaliste, deux heures après, pour d'autres notes, je peux décider que "rq" = "république".
Et, ma fille étant spécialiste de robotique, je peux lui écrire un message électrnique pour lui poser une question
à propos de la "rq" = cette fois "robotique".

Ces évidences font que, dans une large mesure, ce ne serait pas très rentable de compiler un lexique officiel
d'abréviations visant un public d'utilisateurs non spécifié. La souplesse de l'EASM, qui existe par construction initiale,
et qui n'est pas absence de principes, se révèle être en fait une vertu qu'on peut revendiquer au nom de son concepteur.
Ceci est paradoxal si on compare l'EASM aux systèmes normalisés comme les sténographies Prévost-Delaunay
ou Duployé à la fin du XXe siècle. Mais les objectifs et les performances de rapidité accessibles avec ces derniers systèmes
sont d'un autre ordre : ils doivent être deux à trois fois plus rapides que ce qu'on pourrait conjecturer pour l'EASM.

Noter enfin que ce qui précède n'a de cohérence que dans un ensemble de techniques abréviatives faisant système.
En particulier, l'EASM repose sur un principe d'analyse morphologique, où "-q" note sans ambiguïté le suffixe "-ique".
Dans le cas illustratif qui nous occupe, il se trouve que, d'après le site dcode, il n'existe pas de mot de structure "r*q*ique"
(du genre d'un imaginaire "réquimique"). Par ailleurs, il n'existe évidemment pas de mot français terminé par "-q",
en dehors d'abréviations exotiques telles que FAQ, ou de translittérations de l'arabe, de l'inuit, etc. Il existe certes
14 mots de structure "*qu*ique", mais 9 fois sur 14, le "*" initial est nul, les mots commençant par "qu-",
et restent les 5 mots "aquatique", "piquenique", "squelettique", "subaquatique", "biquadratique", aisément discernables.

En revanche des problèmes pourraient se poser pour certains mots, au moins a priori, et en l'absence de contextes décideurs.
L'abréviation "gt" pourrait être, par exemple, "gite", "gitan", "gâteau", "ghetto", mots monomorphémiques,
indécomposables, pour lesquels on a utilisé le "t" de la "caractéristique". Mais "gt" pourrait aussi être compris
comme issu des réductions d'un radical et d'un suffixe, "g-" + "-t", où "-t" = "-ment", selon la suggestion de Scott.
Du coup "gt" pourrait être aussi "gaiment", voire "gréement", en poussant un peu.

De même on pourrait avoir "st" = "site", "satin", "soute", sans même parler des mots en "st-". Mais aussi
"st" = "sagement", "salement", "sûrement", "sainement", "savamment", "sciemment", "seulement", "séparément", "sévèrement", etc.

Il faudra donc dans ces cas renoncer aux réductions maximales.

Tout ce qui précède suppose une approche de l'EASM plutôt orientée vers la graphie (d'où le traitement uniforme
de "ghetto", "gâteau" comme de "gite", "gitan"). Maintenant, si on tient compte de la prononciation, on pourra aisément
résoudre certains problèmes. Mais alors il,faudra peut-être investir dans l'emploi d'un système de symboles augmentés.
En effet le système phonologique du français comporte 20 ou 21 consonnes. Or on ne dispose que de 21 lettres consonnantiques
dans l'alphabet que nous utilisons. D'où le recours à des digraphes, comme "ch" pour /S/ (notation SAMPA),
ou à des règles contextuelles, comme "g" devant "a", "o", "u" note /g/, mais "g" devant "e", "i" note /Z/.
Mais par exemple nous pourrions utiliser un signe spécial pour /Z/, disons le yogh
ou sa version de l'Alphabet Phonétique International, ezh, tous deux aisément cursifs avec ligature :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yogh
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ʒ
Dès lors "gite" se distingue immédiatement de "gâteau".

L'investissement dans quelques signes auxiliaires serait assez léger.
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mttiro



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MessagePosté le: Sam 22 Oct 2011 9:44 pm    Sujet du message: Analyse des tracés par Scott de Martinville Répondre en citant

Je reviens sur la discussion ci-dessus (17 à 19 octobre 2011) concernant l'économie des tracés.

Scott de Martinville, Histoire de la sténographie, 1849, page 59, développe un commentaire
technique, dans le corps du texte en en note, à propos de la sténographie de Conen de Prépéan, version 1833.
Son bon sens est remarquable.

"Si nous arrêtons un instant notre attention sur ce système de voyelles, nous remarquerons
que les signes de celles que l'auteur appelle longues ou graves (indiquées ici par l'accent circonflexe)
ne diffèrent des signes attribués aux voyelles simples ou brèves que par le renforcement du trait;
et je profiterai de cette occasion pour faire remarquer d'une manière générale, que ce moyen
est d'une pratique fort difficile dans une écriture rapide, et, par conséquent, peu fidèle,
îl faut supposer qu'on écrit avec une plume flexible, dirigée par une main assez sûre, pour ne jamais,
soit isolément, soit au milieu d'un monogramme, faire de pesées intempestives. Ce moyen interdit
l'usage précieux des crayons taillés d'avance, qui économisent le temps qu'on perd a prendre
de l'encre, temps qui coûte trois ou quatre mots : on perd également l'emploi du stylet sur du papier vernis,
instrument toujours prêt, toujours en état de service, et dont s'aidaient les Romains dans leur écriture rapide
tracée sur des tablettes enduites de cire (*). Je sais que l'auteur ne propose le renforcement
que pour sa Sténographie exacte ; mais je ne comprends pas la nécessité d'une Sténographie
qui ne suivrait pas la parole, lorsque tout le mérite de cet art consiste à l'égaler en vitesse.

(*) Il me semble qu'on ne s'est pas assez préoccupé des moyens matériels d'exécution.
L'emploi de la plume, par exemple, est une notable cause de perte de temps par les fréquents dérangements
de main qu'elle exige pour aller prendre de l'encre.

La manière dont elle est taillée ne lui permet pas de se diriger dans tous les sens avec la même facilité,
ce qui empêche de donner à certains signes la forme exacte qu'ils exigent. Les plumes métalliques
labourent péniblement le papier et demandent des précautions minutieuses pour que l'encre, en se coagulant,
n'en obstrue pas la pointe.

L'industrie manufacturière pourrait sans doute, si on le lui demandait, fournir des crayons dont la trace
serait à peu près ineffaçable, et leur emploi sur un papier lisse serait plus favorable à la rapidité que celui de la plume.

On pourrait aussi faire usage d'un fort papier ou de tablettes enduites d'un vernis convenable,
sur lesquelles on tracerait l'écriture avec un stylet de métal ou d'ivoire, instrument qui, pouvant être dirigé
dans tous les sens, permettrait d'exprimer avec netteté les plus minutieux détails de l'écriture sténographique.
On a proposé de s'en servir sur un papier noirci avec de la mine de plomb, qui laisserait
sa trace sur le papier blanc placé dessous. Mais ce procédé a l'inconvénient de ne pas permettre au sténographe
de voir ce qu'il écrit. "

Ce qui est curieux, d'ailleurs, c'est que, dans la version initiale de sa Sténographie exacte (1813), Conen de Prépéan
n'avait pas recours à l'opposition tracé fin / tracé épais. En voulant enrichir, préciser, son système, il a donc
mis le doigt dans un engrenage dangereux. Les vingt années passées ont, sur ce point en tout cas, été peu profitables.
Duployé a eu raison de rejeter les traits gras ; d'ailleurs la méthode Aimé Paris, qu'il avait apprise au séminaire,
sous la houlette de M. Potel, ne les connaissait pas non plus. Cette opposition d'épaisseur, qu'on trouve chez Pitman,
a été également rejetée par d'autres : Gregg, Henry Sweet.
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fred



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MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 10:17 am    Sujet du message: Répondre en citant

A l'époque où les Duployens faisaient la guerre au P-Delaunistes (aujourd'hui, on est tous copains ! Very Happy ), c'est précisément sur ce problème du renforcement des traits qu'ils clamaient leur avantage. Mais il est vrai aussi que l'amélioration des instruments d'écriture a influé sur les méthodes de sténo : les crayons sont devenus de meilleure qualité (bien qu'à un moment, il faille les tailler ou les changer contre d'autres déjà taillés, ce qui oblige d'en avoir une réserve, sans parler des mines qui cassent - d'où l'avantage du criterium, puis des porte-mines modernes) ; les stylographes à réserve d'encre ont aussi fait leur révolution ; mais la palme revient au stylo à bille, le meilleur instrument, et aussi le plus commun, adapté à tous les systèmes qui ne demandent aucun renforcement. Le succès du Bic a certainement influé sur le choix de ces méthodes, après 1945.
Ce qui est néanmoins étonnant et digne d'admiration, c'est que la plupart des méthodes de sténo ont été inventées à une époque où on écrivait essentiellement à la plume d'oie !
Je n'ai jamais essayé d'écrire sur de la cire, mais je me demande si c'était vraiment commode ; ça demandait certainement un tour de main particulier.
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 12:33 pm    Sujet du message: Pleins et déliés Répondre en citant

En vous lisant je me vois porté à m'intéresser à l'histoire du porte-mine, que je regarderai plus tard.
C'est bien expliqué d'abord ici :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Portemine
http://en.wikipedia.org/wiki/Mechanical_pencil

Le hasard veut que, mon porte-mine étant devenu inutilisable, j'aie acheté avant-hier trois types
de porte-mine de prix différent, dont un vieux Criterium Conté en aluminium de mon enfance,
grosse mine à 2 mm de diamètre, gomme et taille-mine incorporés, stries rugueuses au doigt.
Ça existe toujours, commercialisé par Bic. J'ai découvert son existence prolongée chez mon papetier,
qui vient d'en remettre dans ses rayons, car certains clients lui en demandaient, et lui-même se souvenait
avec émotion de sa jeunesse, et en me vendant l'Objet ses yeux s'embuaient.
On verra à l'usage si la nostalgie est bonne conseillère.

J'ai vécu en direct le passage au stylo à bille. A l'école primaire, j'utilisais une porte-plume avec plume Sergent-Major,
que je trempais dans un encrier en porcelaine blanche inséré dans le pupitre, comme on voit maintenant dans les musées,
avec, complication délicieuse ou irritante suivant l'humeur du jour, dans les abysses, une tourbe noire
qui s'accrochait à la plume quand le niveau d'encre avait trop baissé.

L'arrivée de la pointe Bic a été un traumatisme grave pour les enseignants (spécialement les instituteurs),
corporation aussi conservatrice que les autres (parfois plus) malgré ses postures progressistes.
Cet objet délictueux fut banni du Temple du Savoir. On verra ce qu'il advint.

La montée en puissance de cet intrus (encore appelé "biro" en anglais britannique) date des années quarante
dans les pays avancés, puis envol dans les années cinquante, la France étant assez rapide pour l'adoption, grâce à Marcel Bic,
connu surtout sous le nom imposant de "baron Bic". Je ne sais pas le pourquoi de cette baronnie,
mais l'idée qu'un baron vient foutre le bordel dans les salles de classe avait quelque chose de piquant,
qui devait stimuler la curiosité et fouetter les ventes, notamment chez les têtes-brûlées enfantines,
qui, comme on le sait, sont légion.
http://en.wikipedia.org/wiki/László_B%C3%ADró
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Bich
http://www.prodimarques.com/sagas_marques/bic/bic.php

Le Temple finit par ouvrir ses portes de bronze. Comme indiqué dans une des pages ci-dessus,
ce qui mut sur leurs gonds lesdites portes de bronze, non sans quelques grincements, ce fut la circulaire n° 65-338 du 3 septembre 1965,
BOEN n° 35 du 30 septembre 1965, fulminée par les bureaux de notre belle capitale (car ainsi va le train du monde dans notre nation),
Christian Fouchet étant ministre, regard d'acier et sourcils pompidoliens. On ne sait qui mania la plume pour le ministre. On brûle de le savoir.
Dans sa magnanimité républicaine, ce texte olympien leva tout à trac l'interdiction de l'usage des "instruments à réservoir d'encre"
(peu propices aux pleins et déliés) et "même les crayons à bille" (même eux !), tous objets qui "procurent des avantages de commodité pratique".
Quinze ans de résistance : c'est une bonne moyenne pour le progressisme pédagogique.

Alors, lisons et relisons avec délectation cette circulaire follement audacieuse, et constatons que, encore une fois,
mais en doutions-nous ? l'Education nationale (anciennement Instruction publique) est à la fine pointe,
non seulement du stylo, mais surtout du progrès humain :

"Il convient toutefois de constater que, de nos jours, on utilise couramment une écriture cursive qui ne nécessite
à aucun moment une pression différenciée de la main. Les traits ont une largeur uniforme et sont tracés d'un mouvement continu.
Il n'y a donc pas lieu d'interdire les instruments à réservoir d'encre, ni même les crayons à bille,
qui procurent des avantages de commodité pratique, à condition qu'ils soient bien choisis et qu'ils permettent,
sans effort excessif des doigts, du poignet et de l'avant-bras, d'obtenir progressivement une écriture liée, régulière et assez rapide.
Les maîtres veilleront toutefois au bon emploi de ces divers types d'instruments et feront apprendre des graphies
correspondant à leur bon usage."

Les programmes des 23-28 mars 1938 (Jean Zay), à l'ombre apaisante desquels j'ai coulé une enfance insouciante et paisible,
recommandaient l'apprentissage d'une bonne écriture, mais sans s'étendre sur ce qu'on appelle aujourd'hui dans les IUFM,
les "instruments scripteurs" :
"Tous les soins devront être donnés à l'écriture cursive. Des protestations très vives s'élèvent de tous côtés contre la négligence
et le peu de soin apportés à l'écriture courante par les enfants qui quittent nos écoles. Il convient de réagir très vigoureusement
et d'obtenir de tous une écriture lisible, nette et soignée."

Une vision écolo-drôlatique et super-méchante de la philosophe bicologique :
http://www.lepost.fr/article/2010/04/26/2048304_petite-bio-100-jetable-du-baron-qui-a-mis
-19-siecles-d-inventions-a-la-poubelle.html

Non content de gratter le papier avec ma superbe plume métallique, depuis l'âge de 12 ans je tapotais sur la machine à écrire de ma mère,
récupérée des "stocks" laissés par l'armée américaine.
Et ça a été la révélation quand plus tard, aux Etats-Unis, dans les années soixante, j'ai constaté que l'université exigeait des étudiants
des travaux tapés à la machine : il y avait donc en accès libre des salles dotées de machines (mécaniques) fixées aux tables.
Adieu les pattes de mouches ! Et adieu les conjectures graphologiques !

Vous savez mieux que moi que, dans des vieux (ou pas si vieux) traités de sténo, on nous explique que le summum,
c'est de se servir d'un stylo à pointe, non pas d'acier, mais d'or à pointe iridiée. Ça court sur le papier à toute vitesse,
à ce qu'on dit. Luxe ergonomique, Rolls graphique.

J'ai été étonné du papier vernis de Scott de Martinville, que je n'imaginais pas utilisé à cette époque, milieu du XIXe siècle.
A "Foible (Ecriture)", l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot dit : "se dit d'un tuyau de plume qui plie sous les doigts ;
ces sortes de tuyaux ne sont pas bons pour écrire, si ce n'est sur du papier verni, encore faut-il qu'ils soient maniés
par une main extrêmement légère".

Maintenant, pour ce qui est de la distinction de deux épaisseurs dans les méthodes de sténo, c'est sûr que cette apparente vétille
est devenue une question importante.

Ainsi la Pitman est remarquablement conçue, mais dépend massivement des recours aux tracés épais vs. fins.
Dans mon manuel de Pitman français, la Méthode Moderne de Sténographie Pitman New Era avec Clef,
de Simone Boyer et John J. Comptois, Pitman, Londres, 1961, 1978, je suis évidemment frappé
par la haute fréquence des tracés en gras. La version Pitman New Era a régné de 1922 à 1975.
Il va de soi qu'on utilisait la plume métallique ou le crayon, et d'ailleurs rien n'est dit au début du livre,
ce qui montre que la chose était évidente pour tout le monde.

La fréquence des tracés appuyés dans des textes en Prévost-Delaunay est évidemment bien moindre qu'en Pitman,
puisque le gras note les "an", etc. Mais, là encore, le "renforcement" va de soi dans ma méthode,
de Hautefeuille & Deslogis, copyright 1955 mais impression 1981. [L'infatigable Hautefeuille a co-écrit un manuel
de Duployé avec Ramade, lequel Ramade nous a de son côté généreusement procuré des manuels de dactylographie :
je suis l'heureux possesseur de l'un d'entre eux. On se plaît à espérer que ces polygraphes pédagogiques, à qui nous sommes
redevables de tant d'innocentes joies, ont accédé à une honnête aisance.]

Gregg, remarquable comme homme et comme inventeur, sur lequel j'aurai peut-être l'occasion d'envoyer un post
un de ces jours, car les Français le connaissent mal, mettait en avant l'absence de recours aux deux degrés d'épaisseur,
d'où le nom initial de Light-Line pour sa méthode de 1888.
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fred



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MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 6:12 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je me suis toujours demandé comment on faisait, en P-Delaunay, pour tracer à volonté et d’un seul mouvement des traits fins ou des traits gras, puisqu’il est convenu de ne pas repasser sur le trait pour les renforcements, ce qui nuirait à la vitesse. Je n’ai jamais réussi, avec un crayon normal, convenablement taillé, à faire que cette différence soit significative : si la pointe est neuve, il n’y a pas de différence, et pour peu que la mine soit un peu émoussée, le trait s’épaissit naturellement, et j’ai beau appuyer sur le papier, la différence n’est guère convaincante. Au final, j’ai pensé que le mieux était de tailler la mine en biseau. En faisant pivoter le crayon entre les doigts, on pouvait ainsi utiliser la pointe ou la partie plus large. Mais cela me chiffonne qu’on soit contraint à un tel travail. Car, outre le fait qu’il n’est pas si simple de tailler un crayon en biseau (ou alors se sert-on de crayons spéciaux ?), il faut néanmoins garder sur soi une provision de crayons ainsi taillés, puisqu’on ne peut, en cours de prise, ni retailler le crayon, ni même en emprunter un normal ! Tout cela ne plaide pas en faveur des méthodes à renforcement. Bref, j’aimerais bien qu’Yvon me dévoile le truc. Les P-Delaunistes ont-ils donc des instruments à écrire spéciaux ?
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 23 Oct 2011 8:32 pm    Sujet du message: Renforcements et méthodes Répondre en citant

Tailler une mine de crayon en biseau, ça c'est un raffinement hors de ma portée.

Quelqu'un comme Hautefeuille, qui enseignait, à ce que je comprends, aussi bien
la Prévost-Delaunay que la Duployé, avait dû acquérir des habitudes motrices quelque peu différentes
pour passer de l'une à l'autre. Un peu comme, si on passe d'une langue à une autre et qu'on s'efforce
de bien les prononcer, ça exige une certaine gymnastique dans le passage. Mais des habitudes motrices
différentes, c'est une chose, des usages instrumentaux différents, c'en est une autre.

Malgré tout, ça doit être rude, car je vois que sur ce forum, Duployean disait en 2006 :
"Je vous déconseille d'utiliser deux systèmes de sténo différents en même temps.
Vous allez vite perdre en vitesse dans les deux langues [...].
Plus sérieusement, on peut très bien apprendre plusieurs systèmes de sténographie l'un après l'autre
mais on ne peut les pratiquer de la même façon, ni viser la même vitesse dans chacun d'entre eux.
Ce n'est pas une question de reconnaissance des signes, mais une question de mémoire kinétique
ou "mémoire des doigts.""

Techniquement, les pleins et les déliés restent une possibilité pour l'écriture, par exemple.
Et, la calligraphie étant revenue à la mode, les amateurs se voient proposer des plumes idoines.
http://www.stylosprestige.com/Types_d__Ecritures_F_xp_7.html
http://www.pelikan.com/pulse/Pulsar/fr_BE.CMS.displayCMS.100178./choisir-la-bonne-plume

Mais qu'utilisent les sténographes en Prévost-Delaunay ou en Pitman ?

J'avoue franchement ne même pas savoir ce que c'est qu'un "crayon de sténographie", comme en commercialisent
Staedtler et Faber-Castell.

Pelikan vend un stylo spécial pour la sténographie :
http://www.pelikan.com/pulse/Pulsar/fr_BE.Store.displayStore.21875./stylo-pour-la-stenographie

J'observe que, en ce qui concerne la Deutsche Einheitskurtzschrift (DEK) allemande
issue de Gabelsberger avec unification avec deux autres méthodes analogues, il y a eu une réforme en 1968.
Auparavant on avait une distinction d'épaisseur de traits, mais devant les critiques (il fallait des instruments spéciaux),
on a modifié le système pour renoncer à cette opposition (Wiener Urkunde), au moins dans le système de base (Verkehrsschrift), apparemment.
http://de.wikipedia.org/wiki/Deutsche_Einheitskurzschrift

Pendant que je suis sur la DEK, des manuels de DEK réformée 1968 pour l'allemand mais aussi avec application à l'anglais
sont disponibles gratis sous forme numérisée ici grâce à l'amabilité du Dr Klaus-Wilhelm Lege
et de son éditeur Winkler / Westermann :
http://www.stenoweb.de/
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fred



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MessagePosté le: Lun 24 Oct 2011 10:59 am    Sujet du message: Répondre en citant

Les plumes pour calligraphie ne sauraient convenir aux sténos à renforcement, pour la raison suivante : avec ces plumes plates coupées en biseau, vous faites automatiquement un trait plein de haut en bas, et un délié de bas en haut. Vous ne pouvez pas faire autrement. Or, il ne vous faut écrire en traits pleins que lorsque c'est utile, c'est à dire rarement ; pour la plus grande partie de la prise de notes, on écrit en traits fins. Une plume ainsi taillée ne permettra pas une telle saisie (puisqu'on ne peut pas toujours écrire de bas en haut !), alors qu'avec un crayon taillé en biseau, c'est possible, car la pointe est conique, et non plate, et qu'elle écrit de tous côtés : on peut ainsi tourner le crayon entre les doigts pour placer sur le papier la pointe ou la partie biseautée, à volonté.
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mttiro



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MessagePosté le: Lun 24 Oct 2011 12:43 pm    Sujet du message: Stenostift etc. Répondre en citant

Merci pour ces explications : c'est encore plus subtil (et complexe) que ce que j'imaginais.
Je comprends grâce à vous que pleins et déliés, c'est une chose, et fin / renforcement
pour la sténo, c'en est une autre.
J'avais été frappé par la précision de Pélikan sur ses plumes obliques, inclinées à gauche, etc.

Je suppose au contraire que le stylo spécial sténo a été conçu par Pelikan dans les règles
de l'art. Mais je ne connais pas son prix.
http://www.pelikan.com/pulse/Pulsar/fr_BE.Store.displayStore.21875./stylo-pour-la-stenographie

Mais qu'ont de spécial les crayons pour sténo que continuent à proposer Faber-Castell
ou Staedtler, par exemple ?

http://mendel24.de/index.php?page=product&info=1490

C'est en tout cas l'usage nécessaire de ce genre de "Stenostift" qui a justifié l'assaut contre
la DEK standard et la révision allemande de 1968.
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fred



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MessagePosté le: Lun 24 Oct 2011 2:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Au vu des publicités, je pense que le stylo-plume Pélikan doit avoir une plume très flexible et à pointe arrondie permettant de tracer des traits dans toutes les directions sans perte d'encre, ce qui n'est pas évident avec tous les stylos-plumes. Mais il n'est bien entendu pas du tout conçu pour les renforcements.
Quant aux crayons Faber-Castell, ils sont protégés contre la cassure de la mine par un procédé spécial : c'est cette résistance qui les fait particulièrement conseiller pour la sténo. Si en plus ils s'émoussent moins rapidement que les autres, et s'ils sont taillables en biseau malgré tout pour les signes renforcés, ça en fait d'excellents crayons pour tout type de sténo.

Les pleins et déliés sont en effet autre chose que les renforcements : on peut faire des pleins et déliés en Duployé ou en Aimé-Paris ; c'est d'ailleurs assez joli de regarder de vieux textes de sténo écrits à la plume de cette façon.
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mttiro



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MessagePosté le: Mar 25 Oct 2011 7:02 pm    Sujet du message: Nouveau fil sur le renforcement Répondre en citant

Vu l'importance des questions de renforcement
(épaisseur des traits), je crois utile d'ouvrir un nouveau fil
à partir de :

http://forumsteno.vosforums.com/post4241.html#4241
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 30 Oct 2011 3:57 pm    Sujet du message: Ouverture fil discussion techniques Répondre en citant

Indépendamment du problème du "renforcement", je crois utile d'ouvrir un fil de discussion
sur les techniques matérielles de la sténographie ici :

http://forumsteno.vosforums.com/post4278.html#4278
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mttiro



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MessagePosté le: Jeu 01 Déc 2011 11:25 am    Sujet du message: Curvimètre Répondre en citant

Pour ce qui est de la question soulevée à propos du curvimètre,
voir maintenant "Etude expérimentale des tracés sténographiques"
sous Pour tous les systèmes / Divers.
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