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Le renforcement (opposition trait fin / épais)

 
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mttiro



Inscrit le: 27 Sep 2011
Messages: 362

MessagePosté le: Mar 25 Oct 2011 7:00 pm    Sujet du message: Le renforcement (opposition trait fin / épais) Répondre en citant

L'analyse descriptive des systèmes tachygraphiques peut se faire selon différents point de vue.
Envisagés du point de vue de l'aspect des signes, les tachygraphies autres que celles qui se restreignent
très strictement à l'alphabet usuel (type Personal Shorthand), et en particulier la vaste classe des sténographies,
peuvent s'analyser selon une série de critères : dimension des caractères, grosseur du trait des caractères,
liaison des caractères, aspect géométrique / cursif, et autres. Sans compter, pour certains systèmes, la nécessité d'utiliser du papier réglé.

Différents auteurs ont, cela va de soi, des idées bien différentes sur toutes ces questions. Par exemple Scott de Martinville,
auteur qui, même quand on est en désaccord avec lui, force l'estime par l'ampleur de sa documentation,
l'acuité de son analyse et la netteté de son expression, expose dans son Histoire de la sténographie, 1849,
cette idée bien arrêtée (p. 69) : "On ne saurait trop insister sur le fait suivant : ce qui, en général, rend la lecture
de l'écriture ordinaire assez facile à tout le monde, c'est que la forme seule de la lettre la caractérise,
quelle que soit sa grandeur ou sa force au milieu des autres". Par implication, c'est manifester un certain manque
d'enthousiasme pour tout système tel que Aimé Paris, Pitman, Prévost-Delaunay, Duployé, Gregg, et beaucoup d'autres,
si ce n'est la quasi-totalité. C'est dire la radicalité du point de vue... Mais Scott est pessimiste sur les qualités
des sténographies qu'il connaissait à son époque.

Quoi qu'il en soit, Scott met ici le doigt sur un avantage énorme de l'écriture manuscrite courante,
qui est sa robustesse, sa rusticité, sa résistance énorme aux déformations. Quand j'ouvre un traité de graphologie
illustré de plus de 564 clichés d'écriture, que j'utilise non pas pour les interprétations psychologiques,
en général peu convaincantes, mais comme un répertoire extrêmement riche de styles d'écriture du français fin XIXe
et première moitié du XXe siècle, je constate en effet que je peux comprendre pratiquement tous ces textes,
malgré les différences d'aspect parfois énormes. Différences qui, je pense, donneraient pas mal de fil à retordre
à un logiciel de reconnaissance graphique. Si on s'arrête un peu à ceci, on est saisi d'admiration
devant l'ergonomie magnifique... de l'écriture courante, vieille chose dont on ose envisager de ne plus exiger
la maîtrise dans certains états américains, comme je l'ai signalé sur ce forum. Ça rappelle l'extrême ergonomie
de cette sublime innovation high-tech :
http://www.youtube.com/embed/Q_uaI28LGJk

Dans ce qui suit je ne m'occuperai que du "renforcement".


J'ai eu récemment avec Fred un commencement de discussion concernant la question du "renforcement"
("shading" en anglais), de la distinction d'épaisseur entre trait simple (fin) et trait renforcé (épais).
Cette discussion se trouve dans le fil concernant l'écriture abréviative de Scott de Martinville
(très hostile au renforcement), ici :

http://forumsteno.vosforums.com/l-ecriture-abreviative-de-scott-de-martinville-t579-15.html

Mais comme c'est une question générale qui traverse toute l'étude comparée des systèmes tachygraphiques,
et qui présente aussi bien des aspects théoriques que, surtout bien sûr, pratiques, je saisis l'occasion pour commencer
à tirer sur un fil de discussion spécialement consacré à cette question, évoquée parfois ici ou là dans ce forum.

Il y a évidemment tout le problème des instruments d'écriture adaptés ou non qui est posé ici :
crayons et stylos spéciaux (voir ce que dit Fred). Les praticiens nous en parleront comme je ne saurais le faire,
faute de toute compétence.


Voici, sauf erreur (à me signaler, car je crains bien qu'il y en ait), la situation si on regarde les principaux
systèmes tachygraphiques (sténographies et écritures abrégées) en vigueur à la fin du XXe siècle (en occultation actuellement
dans le monde presque entier, mais rien ne prouve que c'est pour toujours).


1) La situation française est bien connue.
Systèmes avec renforcement : Prévost-Delaunay (modérément, pour des nasales) [et il existe évidemment
une adaptation de la Pitman au français, qui ne semble pas avoir eu un grand succès]
Systèmes sans renforcement : Aimé Paris, Duployé [et il existe des adaptations de la Gregg au français
autrefois enseignée au Canada, comme Duployean l'indiquait dans un post de 2006], Système Français d'Ecriture Abrégée.

Aimé Paris évite le problème du renforcement en réduisant le stock de signes, puisque l'opposition de voisement
n'est pas notée : /p/ et /b/, etc. sont symbolisés par un signe unique.

Je ne connais pas l'histoire de la Prévost-Delaunay, mais Wikipédia déclare de Delaunay qu'il a ajouté entre autres innovations
le renforcement du signe, ce qui est curieusement dit, car la méthode de Prévost connaissait déjà les renforcements
pour les nasales autres que "on". C'est d'autant plus à observer que, en particulier, le système Bertin n'en avait pas,
pas plus que Taylor dont il dérive. Conen de Prépéan, lui, ne pratiquait pas le renforcement dans le système de 1813,
mais l'a adopté dans le système de 1833.

2) Dans le domaine anglophone :
Systèmes avec renforcement : Pitman
Systèmes sans renforcement : Gregg, Speedwriting, Teeline

Historiquement, c'est dans le domaine anglais, grand diffuseur d'idées, que le renforcement est apparu. La question
est étudiée avec soin par John Robert Gregg dans le document The Basic Principles of Gregg Shorthand, 1922,
étant donné qu'un des arguments majeurs de Gregg en faveur de sa Light-Line était justement le rejet du renforcement
(à noter aussi que Gregg connaissait bien la Duployé, sans renforcement).
Ce document se trouve ici :
http://gregg.angelfishy.net/principles.pdf

Gregg explique, dans le chapitre 5 (à partir de la page 31) que l'innovateur de l'expression de la distinction de voisement
des consonnes par l'épaisseur du trait, c'est en fait John Byrom, 1740 (dont par ailleurs le système est monté
sur une bonne réflexion phonologique), et il cite la description de Byrom par Thomas Molyneux. Ensuite le système
de Samuel Taylor, qui ne connaît pas le renforcement, a été modifié par William Harding (Universal Stenography) en 1823,
or c'est dans Harding qu'Isaac Pitman a étudié la sténographie Taylor. C'est de ces sources que Pitman aurait tiré
la structure de son système (1837), et le recours au renforcement, que Gregg condamne comme "a retrograde step".
Il considère que, vu l'influence de Pitman, si Pitman n'avait pas pris cette décision, le sort de la sténographie
au XIXe siècle eut été très différent.

On peut consulter en ligne le petit manuel de 45 pages de Harding. La première phrase du ch. I est mémorable :
"We now live in an age of erudition and refinement". C'est une bonne entrée en matière si on veut se faire bien voir
de ses lecteurs potentiels (ses "prospects"), je retiendrai la leçon.
http://www.archive.org/details/universalstenogr00hard

Je me demande toutefois si Gregg n'est pas trop sévère avec Harding, car le renforcement chez Harding a l'air
d'être vraiment très mineur. On lit page 21 : "the v may be distinguished from f by being made thicker" (et voir planche 1).

L'abrégé de Byrom par Molyneux (1796) se lit ici :
http://www.archive.org/details/anabridgementmr00byrogoog

On y trouve une note de bas de page, très timide : "To prevent ambiguity, might not v, in Short-hand, be occasionally
distinguished from f, by making the stroke thicker ?" Franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.

En réalité, je crois que Gregg monte un peu en épingle cette affaire. Les systèmes de Byrom et de Taylor
sont fondamentalement sans renforcement, sans "shading", sans opposition d'épaisseur fin / épais.
Et c'est bel et bien Pitman qui a eu l'idée, géniale ou calamiteuse, ou les deux ensemble, selon le jugement
que l'on portera, d'établir des appariements systématiques où la différence d'épaisseur entre les éléments
d'une paire de signes de même forme et dimension code l'opposition de voisement des consonnes.

On a donc historiquement une situation du type suivant. Fondamentalement, Phase I, les systèmes élaborés
depuis Willis jusqu'à Byrom, Taylor, Conen de Prépéan 1813, Aimé Paris, sont sans renforcement, puis,
Phase II, les systèmes de Pitman, Conen de Prépéan 1833, Prévost, innovent en introduisant énormément
ou un peu le renforcement. En Phase III, les systèmes postérieurs, Duployé, Gregg, rejettent le renforcement
introduit dans les systèmes de la Phase II. Je simplifie un peu avec mes phases, mais, en gros, c'est un peu ça.
Noter que, en Allemagne, la Gabelsberger, qui s'efforce à une cursivité anti-géométrique mimant l'allure générale
de l'écriture courante, innove aussi dans le renforcement.

3) Dans le domaine germanophone :
Deutsche Einheitskurzschrift (DEK) évitant le renforcement depuis la révision de 1968 (la Gabelsberger
connaissait le renforcement)

4) Une chose qui me frappe est la suivante, touchant la situation italienne. Si je me trompe pas, et Alchimiste
pourra nous en parler plus savamment, qui a sur ce forum fait une présentation des systèmes italiens, la situation serait celle-ci.

Les principaux systèmes italiens sont :
Gabelsberger-Noe
Sistema Cima de Giovanni Vincenzo Cima (1893-1968)
Stenografia nazionale d'Erminio Meschini (1880-1935)
Stenital Mosciaro, d'Abramao Mosciaro (1901-1979)

Or tous connaissent en principe les renforcements ("rafforzamenti"). Mais on arriverait apparemment à utiliser
le système Meschini sans renforcements :
http://www.stenografando.it/forum/viewtopic.php?p=79&sid=1100378c27743d186a2646e08dadfeef

Ici on voit quelqu'un prendre des notes en Cima avec une pointe Bic :
http://www.francetudiant.com/videos/?v=fQinJECnWDc
Et il semble bien exister une version de la Cima sans renforcements

5) Je suis assez ignorant de la situation dans le monde hispanophone. Comme partout, historiquement, on a vu
toutes sortes de choses, y compris l'adaptation de la Gabelsberger (avec renforcements, donc) à l'espagnol
dans différents pays d'Amérique centrale et du sud à la fin du XIXe siècle, de Cuba à l'Argentine. Mais je crois
que la méthode Marti, qui s'enseigne encore, ne présente pas de distinction d'épaisseur.

Sous influence des Etats-Unis, la Gregg adaptée à l'espagnol s'était répandue en Amérique latine :
http://aprendetaquigrafia.blogspot.com/2011/08/adaptaciones-de-la-taquigrafia-gregg.html

En Argentine s'est diffusée la Pitman (Garcia Beltran), et le système de Gabriel Hector Larralde
(Estenografia argentina, 1924), qui pratique lui aussi le renforcement.

6) Pour le Brésil, voir mon post récent concernant l'enquête de Waldir Cury, Censo taquigrafico brasileiro,
ou Taquigrafia no Brasil, ano 2000. Je ne sais pas quel type de Taylor est utilisé, donc s'il y a renforcement ou pas,
d'autant qu'il semble y avoir des variantes de Taylor. Pour ce qui est de la méthode dominante, celle qui a été créée
en 1929 par le Dr Oscar Leite Alves, je n'en sais pas encore assez pour en parler raisonnablement, mais j'ai l'impression
qu'elle ne pratique pas le renforcement.

D'autant que, si je ne me trompe pas, dans la Leite Aves, comme dans la Aimé Paris, un signe
correspond indifféremment à p /, etc. Duployean dit d'ailleurs sur ce forum, le 13 mars 2007, que Leite Alves est en fait
Aimé Paris adapté au portugais. Et j'ai tout lieu de lui faire confiance.

Du coup, comme l'indique Duployean, étant donné que le Brésil conserve encore pas mal de sténographes
(en tout cas c'était ainsi vers 2003, mais une situation acquise peut s'effondrer très vite),
et que la sténographie dominante serait issue directement d'Aimé Paris, la conséquence est que, pour citer
Duployean, "le système Aimé Paris est le système de sténographie qui est le plus utilisé à l'heure actuelle de par le monde".


------

Note additionnelle sur des adaptations de systèmes italiens au français :

Gabelsberger-Noé, Cima, Meschini adaptées au français,
notamment par Enea Benenti (dès 1925) :
http://opac.braidense.it/vufind/Record/SBL0426143
http://www.fondazionegiulietti.it/biblioteca_libri_per_autore.htm
http://www.accademia-aliprandi.it/profili/benenti.htm
http://opac.bncf.firenze.sbn.it/opac/controller?action=search_byautoresearch&query_fieldname_1=vidtutti
&query_querystring_1=SBLV209821
http://www.accademia-aliprandi.it/profili/benenti.htm

Esquisse d'une adaptation de la Cima au français sur une page à partir de :
http://www.accademia-aliprandi.it/
A gauche cliquer sur Studi e ricerche, puis sur Stenografare in francese
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