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Le mot sténographique et les autres mots
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fred



Inscrit le: 23 Jan 2007
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MessagePosté le: Dim 16 Juin 2019 7:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je peux vous assurer qu'un sténographe qui sténographie en français note à 98 ou 99 % des mots (chaque sténogramme représente un mot), et non des flux sonores. Le reste est composé de blocages avec des élisions ou des expressions courantes faisant partie des abréviations obligatoires. La sténographie reste une écriture, quoi que vous en pensiez ; certes, plus rapide que l'ordinaire, mais elle est calquée sur l'écriture ordinaire, bien sûr que oui, la preuve, c'est qu'on a pu éditer des dictionnaires de sténo.

Même si la prononciation de la langue a changé au cours du temps, on écrit toujours comme au 17e siècle, avec des mots et des espaces entre les mots. La sténographie fait exactement la même chose, sauf que les mots sont écrits plus rapidement et sous une autre forme.

D'autre part, je ne cherche à rien sauver du tout. Je trouve simplement stupide de changer une convention pour une autre. Ca ne changera de toute façon rien à la vitesse relative des textes, puisqu'on ne remet pas en cause le fonctionnement du chronomètre !

Enfin, je vous rappelle que cette convention est toujours en vigueur pour les examens de sténotypie, la profession n'ayant pas encore disparu.
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Zelena



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MessagePosté le: Dim 16 Juin 2019 9:40 pm    Sujet du message: Répondre en citant

mttiro a écrit:

Je dis « de façon idéalisée », car, en particulier, le sténographe du français ne note jamais les liaisons.

Je ne prétends rien révolutionner non plus ni remettre en cause quoi que ce soit. Et ce d'autant plus que je ne connais que la version Sénécal de la sténographie Gregg…
C'est vrai, les liaisons ne sont pas notées. Néanmoins, il y a des cas particuliers où la nature sonore de la sténographie est bien visible :
'il est' se traduit par «L-E», 'est-il' par «E-T-L»…
Je soupçonne qu'il y a la facilité ou non de fusionner certains signes qui entre en jeu ainsi que la nécessité ou non de lever le doute sur certaines interprétations.
Je ne connais pas les mots savants employés par mttiro… Cependant ma vision à moi de la sténographie est qu'il s'agit d'un système bâtard entre écrit et oral, qui a son domaine qui lui est propre.
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fred



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MessagePosté le: Lun 17 Juin 2019 8:48 am    Sujet du message: Répondre en citant

La sténographie est une écriture, c’est-à-dire une manière de fixer un langage sur le papier. Mais comme les règles qui la régissent ne suppriment pas le risque de confusion entre les mots, je dirais que c’est une écriture passagère, qui doit être retranscrite en une autre, plus précise. C’est effectivement une sorte de liaison, de trait d’union, de « premier jet », entre l’oral et l’écriture conventionnelle.

Plus une sténographie a été codifiée en règles strictes, et moins elle peut se transformer de manière fantaisiste, au gré de l’utilisateur. A l’exception des mots précédés d’une élision, et des blocages d’expression courante, chaque mot de la langue correspond à un sténogramme, et un seul. C’est ce qui permet l’élaboration de dictionnaires de sténographie. En gros, une phrase comportant 9 mots sera donc écrite avec 9 sténogrammes. Et ce, quelle que soit la prononciation de ces mots : que vous prononciez le mot « aviation » en trois, quatre ou cinq syllabes, et avec tous les accents régionaux possibles, ça ne changera pas le sténogramme correspondant qui s’écrira toujours de la même façon. C’est ce que je voulais dire lorsque j’avançais qu’un sténographe entend dans sa tête des mots écrits : s’il entend une phrase de x mots, il la rendra en x sténogrammes, aussi fixés que l’orthographe des mots. C’est en ce sens que la sténo se calque sur l’écriture courante : on écrit avec des sténogrammes comme on écrit avec des mots.

Voilà pourquoi les transformations phonétiques d’une langue à travers les âges n’ont aucune influence sur l’écriture d’une sténographie aux règles bien claires. Mttiro se perd dans des considérations phonétiques qui n’ont aucun intérêt pratique pour un sténographe. D’autre part, on peut toujours critiquer les détails d’une convention (en l’occurrence, le compte des syllabes en français) mais quelle que soit la convention, il y aura toujours quelqu’un pour trouver à redire. A défaut d’en trouver une meilleure, on ne peut que reconnaître que celle qui existe a parfaitement rempli son rôle :
1) Etablir une progression pédagogique mesurée, quantifiée, de la vitesse ;
2) Etablir un étalon de mesure pour les examens et les concours, valable pour toute la francophonie.

Qui peut mieux faire ?
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mttiro



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MessagePosté le: Lun 17 Juin 2019 12:07 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Quelques notes, pour essayer de clarifier un peu les origines des divergences entre Fred et moi, qui tiennent à mon avis à des quiproquos. Des quiproquos qui ne cessent de re-surgir.


1) Le fait qu’on a édité des dictionnaires sténographiques type Pommier & Guaspare pour la Duployé codifiée n’est en rien une preuve que la sténo « se calque sur l’écriture » ordinaire.

Pourquoi ? Parce que, sinon, par cohérence logique, il faudrait dire également que l’existence des dictionnaires de prononciation de telle ou telle langue prouve également que les transcriptions phonologiques en Alphabet Phonétique International, par exemple, qui sont contenues dans ces dictionnaires se calquent sur l’écrit, ce qui serait tout de même un peu paradoxal. Les signes de l’API sont évidemment des traces graphiques, et on voit mal comment il pourrait être autrement. Mais ce sont des symboles qui notent des sons.

Ainsi, le fait que les sténogrammes soient (évidemment !) des traces graphiques ne peut pas servir d’argument pour en conclure que ce sur quoi ils se calquent soit de nature écrite. Fondamentalement (et avec des nuances rappelées ici, et ailleurs), les sténographies notent elles aussi du son. Sauf la Teeline et la Current orthographique de Sweet, dérivées des notations orthographiques usuelles.


2) Il est faux d’affirmer que le mot existe comme entité mentale simplement parce que, dans l’écrit dont nous avons l’habitude depuis des siècles, les mots sont repérables visuellement via leur séparation par des blancs. Cette convention est très pratique, et elle facilite la perception des mots, mais elle ne la *crée pas*.

Quand on écrivait les textes avec la scriptio continua, en étrusque ou en latin, il ne faut pas s’imaginer que les Étrusques et les Romains n’avaient aucune idée de ce qu’est un mot. Il suffit de constater que les mots sont des blocs mobiles, qu’on peut déplacer dans une phrase en les plaçant dans des positions syntaxiques x ou y.

Bien mieux encore, quand un ethnologue s’adresse à un informateur pour une langue sans écriture, il n’a aucune difficulté à obtenir de lui des mots isolés étiquetant ceci ou cela, le mot pour rivière, pour maison, pour sagaie...

Donc, j’insiste : ce n’est évidemment pas l’apparition de l’écriture, et qui plus est de la convention de séparation des mots, qui crée l’entité mot. Le mot peut exister comme entité mentale même chez un Amazonien analphabète.

Comme nous vivons dans une civilisation lettrée depuis longtemps, ces réalités finissent par être obscurcies.


3) Fred déclare que mes considérations n’ont aucun intérêt pratique pour un sténographe. Évidemment ! Et je n’ai jamais dit le contraire.

Quand Melle Dupont prenait des cours de sténo à l’école, son professeur et elle se foutaient complètement des phonèmes, des morphèmes e tutti quanti.

Mais il n’en *résulte pas* qu’il me soit interdit, à moi, d’entrer dans ces considérations.

Au demeurant, quoique prétende Fred, quand on regarde les écrits sténographiques anciens, notamment au XIXe siècle, on constate que les meilleurs d’entre eux font assez souvent référence à, par exemple, un classement systématique des phonèmes. selon les traits de la phonétique articulatoire, selon les lumières variables de leur milieu et de leur temps.

Va-t-on dire alors que ces créateurs de sténographies se perdaient dans des considérations oiseuses sans intérêt pratique ? On sait par exemple que certains ont établi des correspondances iconiques entre les traits de leur unités sténographiques et les traits phonologiques. En particulier pour les paires sourdes / sonores des occlusives (p / b, t / d, k / g).

Il est tout de même paradoxal de me reprocher un ordre de considérations analogue à celui des meilleurs créateurs de sténographie.

Là encore, je suis un peu étonné que puisse s’installer un tel quiproquo.

Ce que je fais, c’est d’ *analyser* un petit peu certains des processus mis en œuvre quand le sténographe sténographie. Ce n’est pas interdit, tout de même ?

Me reprocher cette très innocente activité, c’est interdire par exemple au physicien d’essayer de comprendre ce qui se passe quand le défenseur d’une ville, juché sur les remparts, fait choir des masses pesantes ou de la poix sur les assaillants. Essayer de comprendre ce qui se passe dans la chute des corps serait oiseux vu que ça n’aide pas le soldat. Donc le physicien doit se taire, son activité étant illégitime ? Il est interdit aux chimistes d’essayer de comprendre ce qui se passe quand le chef réalise une recette de cuisine ?

Distinguons ce qui est à distinguer. Et ainsi nous éviterons de générer des quiproquos artificiels.


4) Ce que dit Fred sur les variétés de prononciation régionales ou sur des détails phonétiques ne correspond en rien à mes propos. Pour la bonne raison que, comme je l’ai répété maintes fois, la convention sténographique pour le français est qu’on note exclusivement une variété qui est le français standard.

Ainsi, si j’ai un accent de Nîmes ou de Lille et que Fred prend mes propos en sténo, il les prend en Duployé en faisant comme si j’avais l’accent du français standard, et c’est ce que j’ai constamment dit. Telle est la convention, on ne peut plus raisonnable, des sténographes.

Il serait bizarre que je confonde l’activité d’un phonéticien notant finement les sons issus de la bouche d’un parleur avec l’activité d’un sténographe. Là encore, vu que j’ai été on ne peut plus clair, je ne comprends pas d’où vient le quiproquo que crée Fred.


5) Puisqu’il faut que je me répète encore, je n’ai jamais eu l’ambition de révolutionner la pratique pédagogique de la sténographie à la faveur d’une révolution qui renverserait l’Ancien Régime des conventions sur le mot sténographique, pour lui substituer un Sans-culottisme irrévérenciieux.

L’enseignement de la sténographie est en effet pratiquement mort. Je me contente de faire une critique a posteriori, c’est tout. Il n’est jamais interdit d’émettre des réserves sur des usages même très anciens. Ou alors on reste toujours silencieux, en partant du principe de ce qui a été décidé jadis est impeccable.


Dernière édition par mttiro le Lun 17 Juin 2019 1:02 pm; édité 1 fois
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mttiro



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MessagePosté le: Lun 17 Juin 2019 12:15 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Qu’on me permette de prolonger un fil.

Que le sténographe ne vise pas une transcription radicalement fidèle des propos d’un orateur, comme le ferait un phonéticien attentif à tout, est évident.

Notamment pour ce qui est de son activité parlementaire ou judiciaire. Fred l’a relevé ici le 21 novembre 2011 :

http://forumsteno.vosforums.com/senat-sessions-parlementaires-et-steno-t665.html

De même encore, cela va sans dire, les discussions savantes à la suite de la communication d’un universitaire dans un colloque, ou des réunions dans une entreprise, qui sont souvent enregistrées, sont nettoyées de leurs hésitations, ratés, bredouillements, et les phrases bancales sont retravaillées.

Lorsqu’on a l’occasion d’écouter ce type d’enregistrement avec une oreille attentive, et en évitant le processus de remodelage que nous avons tous tendance à opérer inconsciemment, on ne peut qu’être frappé du caractère souvent bafouillant, hésitant, filandreux (du point de vue formel) des propos tenus même par les personnes les mieux instruites. Tout cela est gommé, et doit l’être, aux fins de publication.

Voici des détails supplémentaires sur l’origine d’un élément important du travail du sténographe parlementaire, qui est son activité de modelage idéalisant. Ce qui suit est un long extrait d’un article d’Hugo Coniez (2010) sur l’invention du compte rendu intégral des débats en France.


« Au-delà de l’organisation du service sténographique, Lagache et Prévost mirent au point une doctrine originale pour la reproduction intégrale des séances. Ils comprirent qu’il n’était pas souhaitable de reproduire intégralement tous les propos prononcés, avec leurs répétitions, leurs hésitations, leurs incorrections parfois, comme avaient tenté de le faire, en 1791 et 1792, les rédacteurs du Logographe. Ils eurent l’intuition que le compte rendu intégral devait être autant une réécriture qu’une transcription, et qu’ils ne parviendraient à une complète fidélité que grâce à un important travail sur la langue. En effet, l’écart est tel entre la langue écrite et la langue orale, même chez les meilleurs orateurs, même au XIXe siècle, que le discours prononcé doit impérativement être rapproché des standards de l’écrit, faute de quoi le lecteur ne parvient pas à le suivre. Le travail du sténographe ne se bornerait donc pas à l’enregistrement des propos tenus ; il serait une œuvre intellectuelle de traduction et de remise en forme.

Hippolyte Prévost théorisa ces principes dans un article du Constitutionnel publié en 1848 et intitulé « L’organisation de la sténographie officielle de l’Assemblée nationale ».

« Nous sommes convaincus, écrivait-il, qu’il n’est pas d’improvisation, et nous ne parlons que des meilleures, qui puisse supporter sans dommage une reproduction littérale […] Le sténographe qui néglige ce point de vue n’a certainement pas réfléchi sérieusement aux exigences de sa profession. Il n’a pas été frappé comme il convenait des différences essentielles qui existent entre le style parlé et le style écrit ; différence qu’il s’agit de faire, autant que possible, disparaître de la traduction. La fidélité d’un tel sténographe sera cruelle ; elle fera le désespoir du lecteur autant que celui de l’orateur : traduttore, traditore. La sténographie inexorablement exacte ne sera plus l’image de la parole, elle en offrira la charge, la caricature ; car le discours qui aura charmé, convaincu, entraîné l’auditeur, heurtera, fatiguera, irritera le lecteur. » 

L’objectif du rédacteur serait donc « de faire parler l’orateur comme un livre, c’est-à-dire, précisément, de lui ôter ses qualités d’orateur. » Non seulement le sténographe rectifierait les erreurs matérielles, mais il supprimerait les répétitions, les hésitations, les lapsus – considérés, en ces temps pré-freudiens, comme dépourvus de sens –, car, comme l’affirmait Prévost « en principe, on peut sans trop de scrupule promener la serpe au milieu des buissons d’ordinaire trop touffus de l’improvisation ». Le résultat pourrait certes affadir les meilleurs discours, conçus d’emblée dans la perspective de l’oral, mais il améliorerait sans aucun doute les plus mauvais, qui étaient aussi les plus nombreux ».
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fred



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MessagePosté le: Lun 17 Juin 2019 5:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Puisque vous voulez savoir ce qui se passe quand un sténographe sténographie, en voici un aperçu :

Quand un débutant écrit en sténo, il cherche à retrouver dans ce qu'il écrit les sons qu'il entend, comme un enfant qui, écrivant "papa", cherche à faire coïncider les consonnes P et les voyelles A. Bref, le B. A. BA, en somme.

Un sténographe confirmé, voire professionnel, ne procède pas du tout ainsi. Tout comme un Chinois qui écrit des idéogrammes sans que chaque trait ait le moindre rapport avec un son, le sténographe écrit des compositions graphiques qu'il a fini par imprimer dans son esprit, chaque sténogramme évoquant pour lui un mot ou un ensemble de mots ; la décomposition de ces sténogrammes en unités sonores n'entre plus alors en ligne de compte. De même, lorsque nous écrivons le mot "eau", nous pouvons visualiser un ruisseau, un robinet qui coule, un étang, un océan ou tout autre chose, sans que nous associions obligatoirement chaque lettre au son "O".

La vitesse vient précisément du fait que l'écriture des sténogrammes devient automatique, comme les idéogrammes chinois, et qu'on n'y recherche plus les éléments phonétiques qui les ont construits. D'ailleurs, dans les systèmes les plus abrégés, la codification fait souvent disparaître des syllabes entières, au point que le sténogramme n'est plus qu'une ossature bien pauvre du mot qu'il est censé représenter.

Voilà pourquoi, si un système sténographique de base est évidemment construit sur des considérations phonétiques, un système beaucoup plus élaboré, et axé sur l'acquisition de la vitesse, tend plutôt à s'en affranchir. Bien entendu, il reste toujours un substrat, comme une trame phonique, mais le sténographe véloce compte bien plus sur sa mémoire visuelle, comme le Chinois, que sur son habileté à écrire des sons avec une sorte d'alphabet phonétique spécial.

La phonétique me paraît donc de moins en moins importante quand on progresse vers un certain degré de pratique. On conçoit alors chaque sténogramme dans sa globalité, comme on lit couramment le français en voyant les mots dans leur globalité. La phonétique est certes incontournable pour construire la base théorique du système (c'est le B. A. BA), mais pas vraiment dans la pratique abréviative où on cherchera plus à acquérir une mémoire photographique.

C'est pourquoi, si vous devez vous intéresser aux processus cognitifs en sténo, il serait à mon avis plus constructif de vous préoccuper de mémoire visuelle, et un peu moins de phonétique.
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mttiro



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MessagePosté le: Mer 19 Juin 2019 8:52 am    Sujet du message: Répondre en citant

Ce que vous me dites m’est d’autant plus familier que ça ressemble énormément à ce qui se passe quand... on utilise l’écriture courante.

Le modus operandi du sténographe ne diffère pas fondamentalement de celui du scripteur lambda.

Il serait étonnant que je puisse ignorer à mon âge que, quand j’écris ou que je lis le mot « chausson », il semblerait que je procède d’une façon mécanisée ultra-rapide, sans nécessairement opérer une analyse lente en composants unitaires pertinents pour l’orthographes.

A savoir les 4 graphèmes <ch>, <au>, <ss>, <on>, appariés à la suite phonologique de 4 phonèmes /ʃosɔ̃/. Je trace « chausson » très rapidement et je ne réfléchis pas à la séquence des appariements.

Ceci étant, soyons tout de même prudents. Est-ce que je dois vraiment exclure que cette analyse opère ? Ça, c’est encore une autre paire de manches. Elle peut parfaitement continuer à opérer, mais sans que j’en ai *conscience*.

Si elle continue à opérer en arrière-plan, il faut en quelque sorte qu’elle soit submergée dans l’inconscient pour que le tracé opère avec une ergonomie maximale (savoir : tracé bref, tracé aisé, grande vitesse). Mais je ne dois pas en conclure que ce qui m’est inconscient n’existe pas.

En perception, est ainsi posée toute la question des processus psychologiques d’accès au lexique mental (et de leur vitesse), lequel semble associer à chaque mot stocké dans notre esprit une *pluralité* de représentations très diverses. Veuillez noter au passage que c’est à cause de telles considérations que Boris New & Christophe Pallier ont mis sur pied la base lexicale Lexique3.

En tout cas, c’est ainsi la raison pour laquelle la lecture « globale » des mots a lieu effectivement, à grande vitesse, chez le lecteur confirmé. Tandis que l’enfant qui apprend à lire et à écrire ne peut *pas* procéder ainsi dans la phase initiale où il est. Ce que vous dites, c’est exactement la même chose, donc je ne pouvais l’ignorer.

D’où les mécomptes prévisibles des zélateurs de la « méthode globale » d’apprentissage de la lecture, tel le naguère fameux inspecteur Foucambert. Foucambert a d’ailleurs en son temps allégué l’analogie supposée du chinois à l’appui de son dogmatisme pédagogique, sans vraiment convaincre les gens qui savaient comment fonctionnent les enfants, et comment fonctionne le chinois.

Dans les très modestes propositions d’analyses que j’ai postées, notamment suite aux réflexions de Zelena, j’ai cherché à préciser sur un minuscule point un peu périphérique ce que c’est que la correspondance sténogramme / entité linguistique, et de quelles entités il s’agit.

Vous pouvez bien imaginer en effet que, depuis le temps que je m’intéresse aux tachygraphes, je n’ai pu manquer d’observer que, si on prend en compte toute leur architecture, les systèmes sténographiques ne sont généralement pas réductibles à une correspondance simple signe sténographique / phonème (sauf, assez largement, la Duployé intégrale).
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fred



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MessagePosté le: Mer 19 Juin 2019 9:58 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Voilà pourquoi je m'étonne que vous ne me suiviez pas lorsque je dis que l'écriture sténographique est calquée sur l'écriture normale, puisque vous venez de reconnaître vous-même que les processus sont identiques !

Vous deviez bien vous douter que je ne parlais pas d'orthographe.
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mttiro



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MessagePosté le: Jeu 20 Juin 2019 2:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

L’écriture manuscrite normale (ou l’imprimerie) du français doit bel et bien suivre l’orthographe.

Malgré des complexités accumulées sur, disons 5 siècles, le cœur du polysystème orthographique français reste la production de suites de graphèmes qui sont en appariement avec des phonèmes, soit de façon maximalement simple (« ami », « cap », « mer ») soit de façon plus indirecte (comme dans mon exemple de « chausson »).

L’écriture sténographique, malgré, elle aussi, diverses complexités adventices (mais qui, elles, sont fonctionnelles, pour améliorer la rapidité) garde également comme cœur un apparement entre unités sténographiques élémentaires et phonèmes.

C’est donc à cause de cette structuration générale de « phonography » (comme on disait en anglais au XIXe siècle) que les deux systèmes sont analogues.

Et ensuite, évidemment, c’est à cause de cette ressemblance fondamentale que les processus mis en œuvre par les scripteurs, tant en phase d’apprentissage qu’en phase de maîtrise, sont analogues.
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mttiro



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MessagePosté le: Jeu 20 Juin 2019 3:10 pm    Sujet du message: Répondre en citant

En allant sur un vieux fil de discussion de 2010, je trouve, pour le français, des interrogations sur la vitesse typique de l’écriture manuscrite courante, en nombre de mots par minute, en comparaison avec la vitesse typique de l’écriture sténographique pour quelqu’un qui a atteint tel niveau.

http://forumsteno.vosforums.com/debuter-la-steno-t495.html

Ceci fournit l’occasion d’enrichir notre zoo.


Fred faisait observer ceci :

« Si vous voulez vous amuser un peu, tentez donc l'expérience suivante : essayez d'écrire le plus vite possible, mais le plus lisiblement possible (!) le mot "Paris" en une minute. Vous verrez que vous atteindrez au mieux les 35 ou 36 fois, mais que vous aurez du mal à faire plus.
On compte arbitrairement le mot, en français, comme une suite de cinq caractères, comme dans "P-a-r-i-s".
Une vitesse de 30 mots/minute signifie donc qu'on doit tracer un mot (5 caractères) en deux secondes ».

On est donc dans une situation où on souhaite estimer la vitesse de l’écriture manuscrite courante, mais où on l’estime en se transportant dans un sytème de convention qui est, on le voit, celui de la dactylographie. Donc un système où, comme le rappelle Fred, la convention est 1 mot = 5 frappes de touches d’un clavier.

Bien entendu, les gestes d’un scripteur à stylo ou crayon n’ont rien à voir avec les gestes d’un dactylographe.


Ceci posé, voici un très petit texte pris dans Hautefeuille & Ramade, Cours de sténographie, système Duployé codifié, Hachette, 1981 (gamme 1, page 11).

« Monsieur Georges nous rappela que l’achat que l’achat de la grande armoire en acajou et de l’horloge sous globe doit se faire au mois d’août. Pascale vous placera tout cela avec beaucoup de goût. »

Selon les conventions sténographiques, ce petit texte est annoncé comme faisant 30 mots.

Selon les conventions du décompte linguistique usuel, ce texte fait 35 mots.

Mais selon les conventions dactylographiques, si nous les appliquons à la copie manuscrite de ce texte (ou à sa copie dactylographiée), le texte fait 36 mots plus 3 frappes.

Il faut avoir conscience de ces divergences, lesquelles, selon les textes, peuvent être négligeables, ou non vraiment négligeables (20 % de mots linguistiques en plus du nombre des mots sténographiques pour un même texte, par exemple, dans un exemple que j’ai examiné récemment).


La conséquence est celle-ci. Quand, pour un même texte, on veut comparer la vitesse d’une copie manuscrite usuelle et la vitesse d’une sténographie, on se trouve manier des unités de mesure différentes.

C’est un peu comme si on comparait sans conversion une longueur en mètres et une longueur en yards (1 yard = 0,9144 m).

Pour l’exemple de mon petit texte (les phénomènes de disparité que je signale présentent en effet une ampleur variable selon les textes), si un cobaye le sténographie en 1 minute, sa vitesse conventionnelle est donnée comme 30 mots / minute. Mais si le cobaye écrit le même texte en manuscrite courante en 1 minute aussi, sa vitesse conventionnelle est donnée comme 36,5 mots / minute. Soit 22 % plus vite.


Ce n’est pas tout. En dactylographie française, le taux de conversion est 1 mot = 5 frappes. Mais c’est ce même taux qui est utilisé en dactylographie anglaise. Cette égalité n’a de justification que si le mot anglais moyen (tokens) offre la même longueur que le mot français moyen.

Est-ce le cas ?

Ce n’est pas ce que nous disent les sténographes, puisque la convention est 1 mot anglais moyen = 1,4 syllabe ; 1 mot français moyen = 1,8 syllabe.


Je me suis intéressé jadis à la métrologie. La, je suis servi.

A la veille de la Révolution française, à Lyon, on pouvait mesurer le volume de vin soit en « pintes de Lyon », soit en « pintes de Paris », soit en « pintes de l’archevêque »...


Dernière édition par mttiro le Jeu 20 Juin 2019 4:26 pm; édité 1 fois
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mttiro



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MessagePosté le: Jeu 20 Juin 2019 3:34 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Si j’essaie d’écrire en français en manuscrite courante, je peux m’amuser, artificiellement, et sur des textes très courts, à atteindre plus de 40 mots / minutes. Il s’agit ici de mots « linguistiques », au sens ci-dessus.

Mais, d’une part la déformation est très marquée, et d’autre part je ne peux pas tenir longtemps, la fatigue arrive très vite, et la vitesse chute beaucoup.

Cette vitesse est donc de l’ordre de la fiction, en tout cas pour moi.

Ma vraie zone de confort pour une écriture assez rapide mais non détériorée est seulement de 25 mots linguistiques / minute.
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mttiro



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MessagePosté le: Mar 25 Juin 2019 6:08 am    Sujet du message: Répondre en citant

S’agissant du décompte des mots aux États-Unis, une complication surgit. D’après le site shorthandshorthandshorthand, il n’y a / avait pas une convention, mais deux.

Chez les sténographes, les praticiens de la méthode Gregg utilisent le taux de conversion 1,4 syllabes = 1 mot pour compter des mots théoriques sténographiques (rappelons-nous que la convention française est 1,8 syllabes = 1 mot en sténographie, mais 5 frappes = un mot en dactylographie, comme aux États-Unis).

Mais chez les usagers de la Pitman on compte directement des mots « linguistiques ».

Ensuite, les sténotypistes, eux, suivent la convention des pitmanistes..

Like typing (excuse me, keyboarding), speed is measured in a "standard" word of 5 strokes—regardless of how many keystrokes actually make up the individual words—Gregg standardized on 1.4 syllables equaling one word.  The Pitman people, as court reporters still do today, say one word is one word.  Therefore, electricity (five syllables) will count just as much as the (one syllable).  I don’t think either method is better; they’re just different. 

You should be aware of how your dictation was counted to get maximum practice results.  Certainly, if you’re going to count and record your own material for practice, the one word/one word is easier.  When you’re counting up your errors, regardless of how the material was counted, missing the word electricity is one error, just as missing the is one error.

http://www.shorthandshorthandshorthand.com/Speedbuilding.htm
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 07 Juil 2019 3:24 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Nouvelle complication pour le décompte des mots en sténographie de l’anglais.

En examinant le Cours de sténographie Duployé adaptée à la langue anglaise, par Charlotte Nann, Lausanne, 1972, j’apprends page 38, que, dans sa perspective, 1 mot = 1,5 syllabe. Et non pas 1,4 comme chez les praticiens de la méthode Gregg.
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