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Prise de notes : une demande mal satisfaite

 
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mttiro



Inscrit le: 27 Sep 2011
Messages: 362

MessagePosté le: Mer 26 Oct 2011 11:09 am    Sujet du message: Prise de notes : une demande mal satisfaite Répondre en citant

Alors même que la sténographie classique est donnée pour morte, on constate journellement
une demande répétée, formulée et satisfaite de façon malhabile, dispersée, balbutiante, pour des techniques
permettant d'améliorer sa vitesse de prise de notes, en particulier pour l'élève, l'étudiant, et en fait toute personne
ayant à passer beaucoup de temps à écrire des notes. Ce qui est le cas de pas mal d'activités et de professions, en définitive.

Je reviens donc sur un sujet que j'ai abordé ici à propos de l'Ecriture abréviative de Scott de Martinville:
http://forumsteno.vosforums.com/post4166.html?highlight=#4166

L'art de la prise de notes ne peut pas se réduire aux techniques tachygraphiques, même au sens large, mais ces techniques
y participent tout de même pour beaucoup. A côté, il y a par exemple ce qui touche à des détails souvent négligés
(ménager des marges, laisser des blancs à remplir ultérieurement, écrire au recto seul, numéroter les feuilles, dater ses notes),
ainsi qu'à la mise en page. Pour cette dernière, voir le "système" Cornell de prise de notes, qui a d'ailleurs été critiquée :
http://en.wikipedia.org/wiki/Cornell_Notes
http://lsc.sas.cornell.edu/Sidebars/Study_Skills_Resources/cornellsystem.pdf

Il faut admettre que, spécialement au collège et au lycée, les professeurs peuvent avoir des exigences, raisonnables
ou moins raisonnables, voire des lubies, qui ne favorisent pas une gestion personnalisée de la prise de notes.

Maintenant j'ouvre un volumineux ouvrage format à l'italienne : Jérôme Saltet, André Giordan, dirs., Coach Collège,
90 fiches pratiques pour un collège sans stress, Le guide pour apprendre à apprendre. Editions Play Bac, Paris 2006.

Cet ouvrage est bourré d'excellents conseils. Dans la section sur la mémoire, par exemple, les auteurs ne dédaignent pas
de préconiser un usage raisonné des moyens mnémotechniques (frémissez mânes d'Aimé Paris !), naguère méprisés,
mais pratiqués en grand secret par les étudiants avisés : il y a dans l'enseignement tout un monde souterrain,
un marché noir ou gris, où, assommé par un cours de calcul intégral auquel on ne comprend goutte, on se refile
sous la table la référence d'un bon bouquin pédagogiquement intelligent, mais officiellement inconnu des savants,
qui gardent sur lui un silence méprisant, préférant parfois la complication inutile à l'efficacité.

Page 37 dans Saltet et Giordan, il est question des "Abréviations". On y donne quelques conseils classiques.

Contractions de mots :
nb = nombre
tjrs = toujours
etc.

Les "incontournables" :
autrement = autre'
question = quest°
technique = technq (q en exposant)
etc.

C'est extrêmement limité, et du reste ça s'adresse à des élèves du collège. Mais ça montre bien qu'il y a un besoin.
Si on se rend sur des pages Internet destinés à des élèves plus avancés ou aux étudiants d'université, on voit que,
bien souvent, les conseils ne sont guère plus développés que dans le livre de Saltet et Giordan, destiné à des collégiens
(au sens français actuel).

Quelques exemples en français :

http://www.eduvs.ch/lcp/methode/index.php?option=com_content&task=view&id=4&Itemid=3&limit=1&limitstart=3
http://www.letudiant.fr/bac/les-methodes-de-travail-pour-reussir/bien-sexprimer-a-lecrit.html
http://www.reussirmavie.net/Prendre-des-notes-vite-et-bien_a242.html
http://www.cadredesante.com/spip/spip.php?article116
http://bdeapsys.exprimetoi.net/t126-les-methodes-de-travail-pour-reussir
http://www.cegep-st-laurent.qc.ca/services-etudiants/files/2010/05/pour_prendre_de_meilleures_notes_de_cours.pdf

Quelques exemples en anglais :

http://www.lc.unsw.edu.au/onlib/pdf/notetake.pdf
http://www.arc.sbc.edu/notes.html
http://www.lc.unsw.edu.au/onlib/note1.html
http://www.port.ac.uk/departments/studentsupport/ask/resources/handouts/referencingandcitation/filetodownload,75420,en.pdf
http://www.ilile.org/events/past/Seminar_08_03/lesson_plans/Wheelersburg/NoteTakingSymbolsandAbreviations.htm
http://academics.smcvt.edu/cbauer-ramazani/IEP/acad_skills/symbols_abbrev.htm

On observera que, dans l'esprit général, la technique centrale pour la prise de notes consiste en abréviations
de certains mots courants, dont on se borne à donne un nombre d'exemples très restreint, à titre indicatif.
Sur le plan des principes, on pourrait être tenté de négliger cette approche comme étant trop sommaire.
Mais Scott de Martinville insiste de manière répétée sur l'importance des abréviations. Et, de fait, on voit mal
comment s'en passer : normalement, une méthode sténographique s'accompagne d'une liste spéciale d'abréviations,
typiquement hors système.

En tout cas, tout ça est sympathique, mais un peu esquissé, amateuriste, sans grande méthode, exploitant mal
ou pas du tout l'expérience accumulée au fil du temps. On se demande si les praticiens de tachygraphies n'auraient pas
un peu leur mot à dire. Mais on ne leur demande pas leur avis. D'autant que, aujourd'hui, beaucoup de gens ne savent
que très approximativement ce que c'est que la sténo (c'est le mot qu'il y a dans "bloc sténo", non ?).
En anglais, "shorthand" est beaucoup utilisé métaphoriquement et vaguement pour dire "façon simplifiée d'exprimer
quelque chose". On déplore la perte d'une opulente Atlantide submergée dans les abysses de l'oubli.

La technique abréviative sauvage qui prévaut est d'ailleurs parfois contre-productive. Si on examine les notes prises
par des étudiants actuellement, on découvre par exemple les ravages d'une véritable épidémie, la fléchite,
contre laquelle je souhaite lancer une campagne de vaccination. La fléchite est en principe une maladie bénigne
mais un peu difficile à soigner, qui consiste à saupoudrer libéralement ses notes de flèches horizontales pointant
à droite, et cela sous n'importe quel prétexte. Cette flèche omniprésente sert à exprimer des concepts tels que :
est suivi chronologiquement par, a pour conséquence, peut être mis en correspondance avec. Bon. Mais notre flèche
importune est également utilisée en début de ligne, soit pour symboliser une ouverture de paragraphe, soit pour introduire
les items d'une liste, soit, en fait, pour des raisons obscures, que les intéressés n'arrivent pas à expliciter quand
on leur demande des justifications. L'ironie de la fléchite, c'est que pas mal d'étudiants perdent leur temps à multiplier
des flèches là où on n'en a vraiment pas besoin. Et donc, sous prétexte d'abréger, ils perdent du temps. Une fois qu'on a attrapé
la fléchite, la guérison requiert des soins attentifs. Comme je faisais observer à ma fille que, dans ses notes de cours
dans son cahier, elle utilisait des flèches en début de ligne sans raison, elle m'a rétorqué qu'elle copiait pieusement
ce que faisait le professeur au tableau. Je la crois volontiers. Et voilà comment se propage cette affection. L'enseignement,
ça sert aussi à la propagation des habitudes idiotes.

Ensuite, soyons réalistes : on ne peut pas aller suffisamment loin avec deux douzaines d'abréviations, ce que bornent
à offrir les conseilleurs en "méthodes de travail", car on est en-dessous du seuil qui permettrait une réelle efficacité,
comme je vais l'indiquer plus loin, et comme chacun peut l'éprouver. Or il se trouve que, au cours de la longue histoire
de la sténographie moderne (400 ans tout de même), les sténographes ont compilé des listes de mots et groupes de mots
rentables à abréger, qui sont regroupés à la fin de leurs livres (et pas uniquement des mots, j'y reviens sous peu). Bien entendu,
à certains moments, les besoins parlementaires, judiciaires, commerciaux ou autres, parfaitement justifiés, font que ces listes
ne sont pas projetables sur d'autres tâches sans adaptation. Mais il y a là un travail qui ne devrait pas dormir
sur les rayons des bibliothèques. Si on ne peut pas toujours s'inspirer des détails du labeur des sténographes, on peut,
on doit, s'inspirer des principes qui guidaient leur réflexion. D'ailleurs, comme j'ai eu l'occasion de le signaler,
certains sténographes ont été des pionniers de la statistique linguistique (comme le furent très anciennement
les massorètes sur l'hébreu biblique).

Par ailleurs les linguistes statisticiens, et les ingénieurs ayant besoin de données pour différentes sortes de traitement automatique
du langage, ont plus récemment accumulé des données (pas toujours publiques) qui pourraient être assez utiles, une fois adaptées.
Pour ce qui est de l'ingénierie linguistique, songer par exemple au "complètement automatique" ("autocomplete"),
à l'"écriture prédictive", des outils informatiques tels que moteurs de recherche, traitements de texte, boîte d'interrogation
pour bases de données, etc. : si nous tapons quelques caractères, nous nous voyons tout de suite proposer une suite fréquente
correspondant à cette amorce. C'est parfois un peu casse-pieds, ou carrément indiscret, mais c'est assez fascinant aussi,
et c'est pourquoi je ne désactive pas cette fonctionnalité, aimablement fournie pour chaque langue répertoriée
dans un smartphone, par exemple. Donc, là-derrière, il y a un gros travail d'analyse de statistique linguistique,
et qui plus est sur des corpus en évolution. Nous évoluons ainsi maintenant dans un monde qui aurait fait rêver
MM. Xénophon, Tiron, Jewel, Cruciger, Willis, Cossard, Byrom, Mason, Taylor, Bertin, Conen de Prépéan, Coulon de Thévenot,
et toute leur proliférante postérité. C'est un peu comme si un sténogramme était généré via une amorce de mot.
Ou alors, en écriture courante, imaginez qu'avec mon stylo, je commence à écrire "zép", et que ma plume prenne
le relais et se mette à tracer toute seule, avec une complaisance parfaite et discrète, la suite "hyr", pour produire "zéphyr".
Via un clavier, les téléphones font ça. Les enfants, blasés, trouvent que ça va de soi. Moi pas, pas encore. Mais, sauf erreur
existe déjà bel et bien, sur les tablettes, la reconnaissance d'écriture couplée non seulement avec la suggestion de corrections,
mais avec le complètement automatique, c'est-à-dire la réalisation améliorée de mon stylo serviteur dévoué émulateur de télépathe.
http://windows.microsoft.com/en-US/windows7/Using-the-writing-pad-and-touch-keyboard-in-Tablet-PC-Input-Panel

[Qu'est-ce que tout ça nous suggère sur une possible régénération informatisée de la sténographie crayon / plume ?
La sténotypie couplée à un logiciel de conversion vers un texte au propre existe, s'enseigne, se pratique. Si la demande existait,
est-ce qu'on envisagerait que, sur une tablette, on puisse en avoir l'équivalent, non pas en actionnant un clavier,
mais en traçant des sténogrammes ? Et, pendant qu'on y est, est-ce que l'écran tactile peut ressusciter le "renforcement"
des méthodes Pitman et autres en se montrant sensible au degré de pression ? S'il y a une demande pressentie, il y aura
des gens pour concevoir les techniques. A vue de nez, ça n'est pas très probable, mais qui sait ? Est-ce que, au contraire,
les progrès de la reconnaissance vocale vont enfoncer le dernier clou dans le cercueil de la sténo ? Quand on s'est un peu
intéressé à l'histoire des techniques, on sait qu'il est très difficile d'être prophète.]

Et maintenant, pour ce qui est des linguistes, à titre d'exemple : Nina Catach, avec la collaboration de Fabrice Jejcic
et l'équipe HESO, Les Listes orthographiques de base du français (LOB) : les mots les plus fréquents et leurs formes fléchies
les plus fréquentes. Nathan, Paris, 1984. On peut également se servir de programmes prévus pour des jeux sur les mots.
J'ai signalé ailleurs un ou deux sites fournissant aisément des données de diverses sortes. Exemples :
http://www.lexique.org/
http://www.encyclopedie-incomplete.com/?Les-600-Mots-Francais-Les-Plu
http://eduscol.education.fr/cid47916/liste-des-mots-classee-par-frequence-decroissante.html
http://www.dcode.fr/recherche-de-mots

Voir aussi :
http://en.wikipedia.org/wiki/Word_lists_by_frequency

Pour l'anglais, on se régale d'un travail merveilleux, compilé il y a plus de 35 ans par un Suédois : Magnus Ljung,
A Frequency Dictionary of English Morphemes, AWE / Gebers, Stockholm, 1974. Ljung a pris à peu près les 8000 mots
les plus fréquents en anglais (bon, les spécialistes pourraient froncer un peu les sourcils : ""oui mais il y a des précautions
à prendre, et gna gna gna" ; alors, froncez vos sourcils sévères, spécialistes, et prouvons le mouvement en marchant).
Ljung a ensuite décomposé ces mots en leurs éléments, en morphèmes : radicaux, préfixes, suffixes. Précisions.
Sur quelque chose comme 7700 mots, on extrait, à la louche, 5000 morphèmes, dont un peu moins de 300 affixes,
à savoir 75 préfixes et 200 suffixes.

Si maintenant, dans une perspective tachygraphique, vous voulez savoir quels sont les morphèmes, et spécialement
les affixes, qu'il est le plus rentable de contracter ou de noter par un symbole spécial, c'est le rêve ; je ne connais rien de tel
pour la français, mais ça existe peut-être. Si vous avez connaissance d'une merveille de ce genre, dites-le moi.

Au pif, les sténographes avaient intuité en partie ce genre de données, mais ici, chez Ljung, c'est noir sur blanc,
en long et en large, super-scientifique, chiffré et tout, "sur IBM 350/360" avec enregistrement des résultats
sur "bande magnétique" conservée à Göteborg (c'est quoi tous ces trucs ? du cunéiforme ?). Vous ne serez pas étonné
d'apprendre que, par ordre de fréquence "lexicale" (donc dans les dictionnaires) décroissante, les trois morphèmes
les plus fréquents ("types") sont les affixes "-ion", "con-", "re-". En d'autres termes, ce sont eux qui sont les plus productifs
pour la fabrication des mots dans le vocabulaire de base étoffé (8000 mots, ça commence à faire tout de même pas mal,
même si un grand lecteur peut connaître passivement plusieurs dizaines de milliers de mots). Bien entendu, par ordre
de fréquence textuelle (les occurrences, les "tokens"), la liste est toute différente, puisque les morphèmes les plus fréquents
ne sont autres, bien évidemment, que les mots monomorphémiques bien connus : and, in, of, a, as. Mais, surprise (peut-être pas
pour les sténographes), le préfixe con- et le suffixe -ion arrivent aussi dans le peloton de tête. C'est ce que sentent bien
les conseilleurs qui suggèrent de représenter "-on" ou "-ion" par "°". Simplement ils oublient "con-". Il y a clairement un biais
spontané en faveur des suffixes par rapport aux préfixes.

Retenons cette idée, familière aux sténographes, là encore praticiens expérimentés, d'étudier, non pas seulement les mots,
obsession usuelle car spontanée, mais a) en-dessous du mot, le morphème ; b) au-dessus du mot, le groupe de mots, la locution.
e n'arrive pas à mettre la main sur une liste des locutions ("en effet", "en définitive") les plus fréquentes du français,
statistiquement argumentée.

On peut facilement compléter ces données, par exemple, dans un domaine particulier, en examinant les fréquences
des mots techniques spécialisés (on a maintenant les moyens de compiler assez facilement des listes de fréquence).
Ou, empiriquement, en regardant les index des livres bien faits ; mais malheureusement les Français ont la manie
de ne pas ajouter d'index à la fin de leurs livres, car ce sont dans ce domaine des amateurs pas très sérieux, des gros paresseux.
Ou alors les éditeurs sont des grigous. Ou alors les deux parties sont de mèche pour saloper le travail.

C'est bizarre, mais le conseil simple, d'application aisée et rapide, d'estimer rapidement les mots fréquents d'un domaine
en commençant, technique hyper-économique, à jeter un coup d'œil à un index, ce conseil est rarement donné.
Des conseils
pour "apprendre à apprendre" qui ne suggèrent même pas de suivre cette avenue, merci bien. Pourtant, si j'ouvre,
au hasard, un traité d'ethnologie / anthropologie français classique, je vois à la fin les mots les plus fréquemment indexés
la petite cinquantaine suivante, collectée rapidement : ancêtre, anthropologie, autorité, changement, civilisation,
échange, esclavage, ethnie, évolution, famille, femme, groupe, guerre, identité, idéologie, initiation, interdit, institution,
mariage, mort, mythe, parenté, pouvoir, production, religion, représentation, riche(sse), rite, sacré, sexe, sorcellerie,
structure, symbole, symbolique, système, technique, tradition(nel), travail, valeur, village. En trois minutes, j'ai tout de suite
une idée du genre d'une partie au moins du vocabulaire dont je vais avoir besoin. Je peux raffiner tant que je veux
je peux feuilleter le livre et détecter ce qui revient souvent en plus des mots de l'index, des tours de phrase par exemple.
C'est que chaque spécialité a ses manies, voire ses tics ; ainsi les philosophes adorent "méditer", "surplomber",
les marchands de bien "plus-value", les marxistes de naguère "en dernière analyse". Et je ne me contente pas d'ânonner
l'antienne m'enjoignant, sans la moindre précision, de "se faire ses abréviations personnelles". J'ouvre le capot
pour voir à quoi ressemble le moteur.

On sait que, malgré des fluctuations entre genres de textes différents, qui ont pas mal troublé les linguistes statisticiens,
dans un texte français banal, il faut monter aux 80 mots les plus fréquents environ, si on veut couvrir 60 %
des "occurrences potentielles de n'importe quel texte courant" (Nina Catach). Bien sûr, il s'agit de textes écrits,
non de parole. Il s'agit de textes courants, pas de cours de droit constitutionnel, d'économie, ou de biologie végétale.
Il s'agit de mots, pas de groupes de mots ou d'expressions, tels que "il y a", "il faut", "de plus", "par conséquent",
"au fur et à mesure", "en réalité". C'est une limite des enquêtes statistiques, parce qu'il était bien plus facile de programmer
des traitements automatiques sur des mots graphiques que sur des locutions, que le pauvre programme ne savait pas détecter,
faute que le programmateur concocte les commandes idoines. Mais c'est déjà un commencement.

Il est de fait que pas mal des mots très fréquents sont très courts, sont le plus souvent des monosyllabes. Des mots comme :
avec, avoir, bien, comme, dans, encore, être, grand, leur, mais, même, par, petit, pour, quand. Donc les abréger ne permet pas
de gagner énormément de temps à chaque fois. Malgré tout, depuis le "7" ("et") de Tiron (ce modeste bougre
est complètement oublié par nos conseilleurs pédagogiques, mais se révèle de tracé plus rapide que la fringante esperluette,
soit dit en passant), la sagesse multi-séculaire des scribes avisés a été de ne pas négliger ces petits gains de temps répétés,
car ils savent qu'ils finissent par s'additionner. Nos vieux moines savaient que des finales en "-us" reviennent tout le temps,
et ça finit par faire beaucoup à la fin de la journée quand vous êtes vissé devant votre écritoire en plein mois de janvier.

Vous voyez que, dans cette perspective, il n'est même pas encore question de tachygraphie systématique, constituée,
fût-ce sous la forme modeste d'une écriture abrégée (Personal Shorthand, Speedwriting, SFEA, voire l'esquisse
de l'Ecriture abréviative de Scott de Martinville, etc.), sans même parler de sténographie. Sur cette dernière, il faut
se rendre à l'évidence : la diffusion large de la sténographie, qui autrefois était considérée comme une possibilité sérieuse,
reste du domaine du vœu pieux. Mais ça ne veut pas dire que les sténographes ont travaillé en pure perte, ils ont accumulé
un savoir, une expérience collective qui ne devrait pas être perdue. Et il y aura toujours des individus pour accepter
l'effort d'apprentissage requis. Pour eux, il faut réserver les acquis. Plus facile à diffuser sont les méthodes d'écriture rapide.
Mais même elles ne s'improvisent pas en une demie après-midi.

Et si on regarde les conseils donnés aux élèves et étudiants, on ne voit généralement pas mentionner des listes systématiques
de contractions pour préfixes et suffixes (ces listes ne sont qu'esquissées). Ni, a fortiori, les possibilités qu'offre
la simplification des tracés pour des lettres telles que m, t, i. Pourtant écrire "mathématiques" sous la forme "mat",
voire "mt" avec un m à une seule arche et un t non barré, ça n'est qu'une adaptation très légère de l'écriture courante,
ça n'entrave pas la relecture, et ça économise un petit peu de temps et d'espace. Bien sûr, en plus de ça, si je fais
des études d'ethnologie ce "mt" sera probablement à interpréter comme "mythe", plutôt que "maths". Si je suis
dans la mécanique, ça sera "moto". Si je suis journaliste sportif, ça sera "match". Si je suis dans l'économie des transports,
ça sera "métro". Le maître-queux sous pression tracera "mt" pour "mouton", ou "matelote". Je mitonne des scénario
de science-fiction, alors ça sera "mutant". Si je baigne dans l'arabica et le robusta, ça sera "mouture". Si je suis spécialiste
d'architecture grecque, ça sera "métope". Si je suis le roi de la literie, ça sera "matelas". Je suis dans les assurances,
ça sera "la Matmut". Me voilà dégraisseur, ça sera "mité". J'étais l'avionneur Marcel Dassault, qui foutait à la porte
les collaborateurs affligés de mains humides de transpiration (dit-on, mais on arrange un peu les choses, il a peut-être
fait ça une fois, et ça n'était probablement pas le véritable motif, car à moins d'être un hurluberlu, un grand patron
qui s'adonne à cette lubie à répétition sombre vite dans la banqueroute), alors, bien sûr, dans le petit répertoire A-Z,
en face du nom, mon gaillard, le mystérieux "mt" sera très naturellement "Miteux, motif : mal tenu, mains moites,
matois (mutin ?) ; à mater, ou à muter, ou même mettre à la porte immédiatement".

Peut-être même que, marginalement, certaines techniques "idéographiques" de la prise de notes en traduction consécutive
seraient adaptables. J'ai fourni ailleurs des liens vers des sites concernant ce domaine : voir le lien en début du présent post.
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mttiro



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MessagePosté le: Mer 26 Oct 2011 10:27 pm    Sujet du message: Redondance de l'écriture courante, pas de la sténo Répondre en citant

Sur une discussion à propos de la sténographie Gregg :
http://greggshorthand.multiply.com/journal/item/122/In_the_future..._a_new_Gregg
je tombe sur ceci, de msn-john 19970,un mathématicien et informaticien, en date du 28 juillet 2008,
qui concerne directement un des points que j'ai évoqués ci-dessus, et aussi ici :
http://forumsteno.vosforums.com/le-renforcement-opposition-trait-fin-epais-t604.html
à propos de la résistance énorme aux déformations de l'écriture courante, que n'ont pas
les sténographies au même degré, et certaines nettement moins que d'autres. Mais on ne peut pas
tout avoir en même temps.

La robustesse de l'écriture courante est inscrite en elle à cause de sa "redondance",
et c'est ce que l'informaticien modélise sous la forme des "correction codes" dont il va être question.

"The newer tablet PC's claim to have handwriting recognition [...] A lot has been done.
Microsoft, of course, will view all its work as proprietary.  I need to research what might be
available open source.  The tools and techniques which work for cursive would provide
a guide to what might be done with a shorthand system.
 
I was doing some work the other day with error correction codes, and it occurred to me
that there are parallels with shorthand and cursive.  For those not into digital communication,
when your computer sends data somewhere it adds bits to the data which essentially provide extra data
that the receiving end can use to determine if an error occurred and if so make an attempt at correcting it.
Whole textbooks have been written on error correcting codes.  But the essential concept is that if you send
only the bits necessary for the data, if some of those bits get corrupted the data is lost.  But if you add
additional bits, they can be used to correct errors.
 
Similarly with handwriting.  Normal cursive has lots of extra information which the reader
(human or machine) can use to figure out the message.  All those extra loops and lines and curls
provide lots of extra clues.  By definition, any shorthand system whether alphabetic or symbolic
eliminates  those extra clues because they take time to write.  So a shorthand recognition system
is going to have to rely on the user to be careful about forming characters.  I think that's stating
the obvious, but it at least gave me a context of why.
 
A major challenge to my idea of using Pitman is that tablet PC's have no way of recognizing
stroke thickness -- well, the user could write with an italic stylus I suppose.  But I think that simply
brings us back to Gregg."
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mttiro



Inscrit le: 27 Sep 2011
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MessagePosté le: Mer 02 Nov 2011 3:42 pm    Sujet du message: Annie Piolat : livre surla prise de notes Répondre en citant

Je viens de relire l'ouvrage suivant que j'avais lu il y a quelques années : Annie Piolat, La Prise de notes,
Que Sais-Je ? n° 3630, PUF, Paris, 2001.

Annie Piolat (AP) est psychologue (pyschologie cognitive), et s'occupe de l'étude des textes écrits. Elle s'est notamment
intéressée à la pris de notes (PDN) par des étudiants, etc. Voici sa page universitaire :
http://sites.univ-provence.fr/wpsycle/membres/enseignants/apiolat.html

Voici quelques notes (!) de lecture sur son livre, avec le biais sélectif qui me semble convenir pour ce forum.

1) Au début, p. 6, AP mentionne la sténographie, mais vu la date de parution du livre, elle est obligée d'expliquer
de quoi il s'agit en un paragraphe, de peur que ses lecteurs les plus jeunes se demandent ce que ça peut bien être
que cette chose bizarre. De toute façon, il est de fait que, même quand la sténo n'était pas en état comateux,
seule une minorité prenait des notes en sténo.

2) Les professeurs ou les orateurs fournissent, consciemment ou pas, à leurs auditeurs, des indices pour sélectionner
dans le flot de parole ce qui est le plus important. Les bons auditeurs y sont très sensibles. Or AP fait observer
que les étudiants qui font de la PDN mémorisent mieux que ceux qui écoutent un peu passivement. (P. 32). Voir plus loin.

3) Le chapitre IV porte sur ce qui nous concerne le plus ici, les "procédés de transcription des mots". AP répertorie
des abréviations comme on en trouve typiquement dans des ouvrages sur la PDN et les techniques de travail,
du type de ce que j'ai mentionné déjà. Mais, pour répéter ce que j'ai dit, si ça peut être utile de remarquer
que "longtemps" peut s'abréger en "lgtps", on ne va jamais très loin avec ce genre de listes compilées
à la va-comme-je-te-pousse.

D'ailleurs AP fait observer "Il est [...] plus facile d'apprendre certaines procédures d'abréviation plutôt que de mémoriser
des listes de mots qui ont été abrégés selon des procédures très disparates".

C'est indirectement plaider pour un système de règles du genre de ce que proposent justement les divers systèmes tachygraphiques,
(a) soit les écritures abrégées proposant essentiellement une rétention intégrale de l'écriture en alphabet latin, avec compression
en direction d'un squelette consonnantique, type Ratcliffe 1688 (j'en traiterai ultérieurement), Feutry 1775 (j'en ai traité),
Scott de Martinville 1849 (voir mon long post), Personal Shorthand (j'en ai traité), etc. ; (b) soit les systèmes d'écriture abrégée
type Speedwriting, Système français d'écriture abrégée ou autres, comportant certains symboles en ajout de l'alphabet latin ;
(c) soit les systèmes sténographiques.

AP répertorie certaines techniques de compression qu'on peut détecter a posteriori dans l'étude des textes produits avec une PDN
sans application d'un système préétabli, mais présentant tout de même différentes procédures ("troncature de la terminaison",
"concentration sur l'amorce du terme", etc.

4) Dans le chapitre VI, AP s'appuie sur divers travaux pour indiquer un point capital. L'encodage des informations lors de la PDN
a pour effet de stimuler l'apprentissage et la mémorisation.

C'est la raison pour laquelle l'étudiant geekoïde qui croit que le summum consiste à enregistrer le cours de son professeur
est victime d'une double illusion. La première, que j'ai déjà signalée, c'est que réécouter un enregistrement peut constituer
une perte de temps considérable. Sauf si l'étudiant est avisé, note par exemple pendant l'enregistrement le moment où apparaissent
des passages particulièrement importants, soit en vertu du guidage par indices émanant du professeur, soit selon son propre jugement
en fonction d'un cadre d'attente personnel ; et si ensuite il retrouve ces passages en déplaçant le curseur sur les machines
dont on dispose maintenant.

La deuxième, c'est que, comme l'indique AP, l'étudiant qui opère par PDN (intelligente, pas celle du nigaud qui gratte du papier
au kilomètre) active son esprit, écoute mieux, retient mieux.

On a là un phénomène d'autant plus intéressant que, comme noté ailleurs par AP, très souvent, les notes... ne sont pas relues.
On pourrait donc penser que la PDN est une perte de temps et d'énergie. Il est vrai du reste que les mauvais praticiens de la PDN
sont tellement occupés à gratter furieusement qu'ils n'arrivent pas à écouter convenablement en même temps. En fait, paradoxalement,
dans bien des cas, la PDN même non suivie d'une relecture s'avère utile pour les raisons que j'ai dites. En outre, comme AP
l'indique ailleurs, ça sécurise l'étudiant.

5) A la dernière page, AP cite trois auteurs selon lesquels "il est inutile de donner aux noteurs des conseils de "bon sens"
sur la PDN ou bien de leur prescrire une méthode pour qu'ils accroissent immédiatement leurs performances. Il est plus important
d'aider les noteurs à prendre consciemment du recul vis-à-vis de leurs pratiques".

Là, je nuancerais fortement les conseils des trois auteurs cités. Observer l'adverbe "immédiatement". Evidemment, si on s'imagine
comme nos trois amis, qu'on va pouvoir améliorer de façon importante sa technique de PDN "immédiatement", on se berce d'illusions.
Mais qui peut croire à ces merveilles instantanées ?

Je trouve très formateur de convaincre les noteurs de s'auto-observer, ceci ne peut qu'augmenter leur motivation, ce qui est
le commencement de l'action. Mais augmenter la motivation c'est une amorce. Reste à améliorer la technique. Et là, les belles paroles
ne suffisent pas. On ne peut pas se contenter de chanter comme les chœurs des vieux opéras, "Marchons, marchons !" tout en trépignant
sur place à déverser force vocalises. Il faut bel et bien apprendre une technique, en l'étudiant attentivement et en faisant
les exercices répétitifs que cela implique. Même si c'est une technique simple, modeste. Par exemple, si on se compile
une liste de 50 abréviations, il faut s'être un peu entraîné à les utiliser mécaniquement, sans hésiter, sinon la PDN va être
moins efficace qu'avant.

C'est parfois un peu délicat de répéter ces lapalissades à notre époque, où, à force de propos aimables sur "apprendre à apprendre",
on finit par ne rien apprendre du tout. Autrefois on était directif à l'excès au point d'en être caporaliste, c'est vrai. Il faut trouver
une juste mesure entre des extrêmes. Mais si Kurt Gödel pouvait prendre des masses de notes personnelles en sténo Gabelsberger,
c'est parce qu'il était un produit des lycées d'élite d'Autriche ; la Hongrie en avait également de tout premier ordre au début du XXe siècle,
certainement parmi les meilleurs du monde, malgré la ridicule forfanterie française sur notre système qui est "le meilleur du monde"
et qui est censé éblouir la planète de ses rayons aveuglants, il suffit de voir les expatriés vers l'Amérique qui en sont sortis.
Et qu'on lui avait bel et bien, à ma connaissance, enseigné cette technique.
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fred



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MessagePosté le: Mer 02 Nov 2011 10:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

La différence entre la France et l'Allemagne (et certains pays de l'Est), c'est que l'élite allemande reconnaissait la sténo comme un atout, une technique de pointe lui donnant un avantage sur le reste de la population. Elle était enseignée dans tous les lycées à tous les élèves.

En France, hélas, le domaine très fermé des sténographes parlementaires n'a jamais trop plaidé pour que les lettrés s'y reconnaissent ; la diffusion ensuite de la sténo dans le domaine commercial, donc éloigné de l'élite, puis parmi les jeunes filles (leur permettant de finir dans un bureau plutôt qu'à l'usine), n'a pas donné des lettres de noblesse à cet art, devenu trop "basse classe". Sa diffusion encore récente dans les lycées professionnels uniquement (où ne vont que ceux qui ne peuvent pas suivre dans les lycées "normaux") n'a malheureusement pas contribué à en faire une technique noble et appréciée des "beaux esprits". C'est donc son confinement dans un milieu déprécié qui a contribué, en France, au mépris de la sténo, ou du moins à l'indifférence générale de ceux qui n'en avaient pas journellement besoin. (Et puis cela revenait sans doute moins cher de se payer une secrétaire - ponctuellement ou non - que d'apprendre soi-même une technique pas si simple !)
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mttiro



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MessagePosté le: Jeu 03 Nov 2011 9:46 am    Sujet du message: Statut social de la sténo, de la mnémotechnique Répondre en citant

Absolument. Il est fascinant de voir comment une technique telle que la sténographie dépend,
pour son élaboration et sa diffusion, de conditions culturelles assez variables de pays à pays
et d'époque à époque. C'est vrai de n'importe quelle technique, mais on peut à nouveau le vérifier ici.
J'ai été frappé par le confinement de la sténographie dans des usages de dictée commerciale,
application importante bien entendu, mais qui faisait oublier que la sténo sert aussi
à la prise de notes personnelle. Certains auteurs anciens insistaient là-dessus.

Et quand on s'intéresse à des auteurs anciens, on constate que la sténographie s'intégrait
pour eux dans un ensemble d'intérêts assez vaste. J'ai eu l'occasion de pas mal parler
de Scott de Martinville. Et on voit par exemple que Karl Faulmann, sténographe,
auteur d'une modification du système Gabelsberger, était aussi un érudit, qui non seulement
publiait sur l'histoire de la sténographie, mais sur l'histoire de l'écriture. Voir son livre
Illustrirte Geschichte der Schrift, 1880, 632 pages :
http://www.archive.org/stream/illustrirtegesc03faulgoog#page/n6/mode/2up

La mnémotechnique, où s'illustra Aimé Paris, est également un de ces "arts" intellectuels
qui tinrent autrefois une place respectée, mais qui ont été récemment dégradés au statut
d'amusettes pour idiots savants (le genre de loufoques qui apprennent par cœur la liste intégrale
de tous les souverains de la France, et qui, par des traités maximalistes, ont ridiculisé
ce qui ne méritait pas de l'être). Depuis très peu de temps, son étoile pâlit un peu moins.
D'abord des psychologues cognitivistes spécialisés dans la mémoire ont repris la question
sans préjugés. Ensuite la nécessité de construire et de mémoriser un nombre croissant de mots de passe
a fait prendre conscience des vertus difficilement remplaçables de ces prétendues vieilleries.
Pour ma part, je n'ai aucune honte, ni vis-àvis des autres, ni, chose suicidaire, vis-à-vis de moi-même,
d'y avoir recours quand je ne vois pas d'autre solution. Par exemple devant les signes de Duployé
pour le "s" et le "ch", etc., que je tendais à confondre, je n'ai pas hésité à me donner une béquille
en décidant que la courbe concave vers le haut du "Se" ressemble à un bol pour de la "sauce" /sos/,
tandis que la courbe concave vers le bas du "Che" ressemble à un "chapeau" /Sapo/. Bien entendu,
ce genre d'aides a toujours été utilisée sous le manteau, mais il était entendu qu'un professeur savant
verrait sa réputation s'effondrer s'il allait s'abaisser à suggérer des conseils de ce genre.
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MessagePosté le: Jeu 03 Nov 2011 9:50 am    Sujet du message: A quoi sert la sténographie selon Prévost Répondre en citant

Dans le Nouveau système de sténographie d'Hippolyte Prévost ( édition 1828), on voit bien
comment la sténographie était envisagée. Comme une technique susceptible d'applications les plus diverses.

Dans sa préface, Prévost insiste sur l'utilité de la sténographie pour "le savant, l'homme de lettres",
qui "pourront suivre avec la plume la rapidité de leur pensée" et qui pourront collecter rapidement
des citations et extraits de livres et de manuscrits dans les bibliothèques: "ils obtiendront en une heure
ce qui leur en aurait demandé six ou huit". Pour les étudiants d'université qui voudront prendre
des notes de cours, et même pour "les gens du monde", qui pourront recueillir un couplet qui leur a plu.

Il distingue clairement (page 39) deux sortes d'utilisateurs, ceux qui veulent prendre des notes, et qui ne sont pas
obligés de maîtriser les procédés abréviatifs avancés, et ceux qui doivent suivre la parole, et qui devront
aller jusqu'au bout de la méthode, contenue dans la quatrième partie. Noter que le renforcement
pour les nasales autres que "on" fait partie de cette partie avancée.
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mttiro



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MessagePosté le: Mar 13 Déc 2011 11:07 am    Sujet du message: Liste de mots fréquents en français Répondre en citant

Il peut être utile de connaître les mots les plus courants en français, qui sont en général courts, le plus souvent monosyllabiques. Divers travaux ont été effectués sur ce sujet.

Dans la perspective tachygraphique, on notera que, dans les sténographies, certains mots courants sont couverts par les règles générales, qui génèrent pour eux des tracés suffisamment rapides d'exécution, et d'autres sont traités spécialement, bénéficiant d'une forme abrégée propre, répertoriée dans les manuels.

1) Liste TLF

Voici la liste des 70 "mots" les plus fréquents dans le corpus du TLF (Trésor de la Langue Française), reproduits dans Nina Catach, Les Listes orthographiques de base du français (LOB), Nathan, Paris, 1984.

L'équipe du TLF avait établi un corpus de textes de type littéraire allant de 1789 à 1964, et comprenant plus de 70 millions d'occurrences de mots.

Dans la liste suivante, j'ai mis en capitales les verbes, car il y a eu lemmatisation, regroupement en lemmes. C'est-à-dire que, par exemple, sous AVOIR sont regroupées toutes les formes conjuguées du verbe "avoir" : "avons", "avais", "ont", etc., dont la fréquence est variable. Je crois qu'il y a eu également lemmatisation pour les noms et adjectifs de cette liste ("grand", "homme"). Mais, comme on le voit, cette liste comprend 84 % de mots-outils.

Liste TLF par ordre de fréquence décroissante :

de la ETRE et que le à l' AVOIR les il ne je un se des en qui une dans ce [adjectif] du pas elle pour me vous plus au on sur par nous mais son ce [pronom] lui FAIRE comme tout avec DIRE sa si y cette POUVOIR ses même bien [adverbe] ils mon ces ou sans autre où ALLER homme moi VOIR aux tu grand deux SAVOIR ma VOULOIR encore

2) Liste Gougenheim

On dispose d'autres listes (j'ai cité ailleurs Brunet, voir URL plus bas), présentées de manière un peu différente et établies sur des corpus différents, mais qui, dans l'ensemble, ne diffèrent pas massivement entre elles.

Par exemple prenons la liste Gougenheim issue des travaux pour l'élaboration du "français fondamental" (destiné à l'enseignement du français), qui privilégie le langage parlé courant/ De ce point de vue, elle est donc aux antipodes de la liste TLF, et on verra, dans les 70 mots les plus courants, que la fréquence de "on" est beaucoup plus élevée que dans la liste TLF, et on y trouvera "oui", "alors", "ah", "oh", absents de la liste TLF. Voici les 70 mots les plus fréquentes de la liste Gougenheim, dont on appréciera immédiatement le caractère "parlé".

Liste Gougenheim par ordre de fréquence décroissante :

ETRE AVOIR de je il / ils ce [pronom] le [article] pas [adverbe] à et le [article] on vous un [article] ça [pro,om]les [article] que [conjonction] ne FAIRE qui [pronom] oui alors une mais des [article] elle / elles en [préposition] DIRE y pour dans me se ALLER bien [adverbe] du tu en [pronom, adverbe] au là l' [article masculin singulier] comme VOIR non SAVOIR nous puis ah l' [article féminin singulier] oh moi tout [adjectif] très que [pronom] POUVOIR 'parce que' avec lui FALLOIR enfin par quand le [pronom] VOULOIR petit si [conjonction] plus [adverbe] même sur [préposition] ce [pro,om]


Pour rappel, la liste d'Etienne Brunet :
http://eduscol.education.fr/pid23250-cid50486/vocabulaire.html


PS - Au passage, je rappelle que le TLF offre un énorme dictionnaire en ligne, gratuitement, de loin le plus riche dictionnaire du français, dont le seul défaut est le biais littéraire, qui fera, par exemple, que sous "clé", on cherchera vainement ce qu'est une "clé USB" :
http://atilf.atilf.fr/tlf.htm
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