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Présentations pédagogiques, Hautefeuille, Pitman...
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 20 Nov 2011 8:09 pm    Sujet du message: Présentations pédagogiques, Hautefeuille, Pitman... Répondre en citant

Je suis obligé de constater à nouveau que plus récent ne rime pas toujours avec meilleur.

1) Un oubli curieux de Hautefeuille & Ramade

Dans leur exposé de la sténographie Duployé, Hautefeuille & Ramade commettent un oubli pédagogique
assez curieux. Quand on ouvre leurs deux méthodes Duployé, 1976, 1991, on cherche vainement une indication
sur la placement des signes par rapport à une ligne d'écriture virtuelle (virtuelle, car la Duployé ne nécessite pas
l'emploi de papier réglé, comme c'est théoriquement le cas de certaines méthodes). Certes, l'observation
des exemples permet rapidement d'induire la règle non dite :
le premier signe de chaque sténographe repose sur la ligne d'écriture.
Mais pourquoi ne pas la donner carrément ?

En revanche le cours concis mais précis de sténographie intégrale Duployé disponible sur le site
de l'Institut sténographique suisse Duployé est explicite dès la page 4 : "Le mot doit être placé de telle façon
que la première consonne s'appuie sur la ligne d'écriture".

De même, ma méthode Pitman pour le français, 1961, annonce dès la page 2 : "Quand un mot est formé
de plusieurs consonnes, on joint ces consonnes sans lever le crayon. Remarquez que la première consonne
repose sur la ligne".

Pour des raisons que j'ignore, le cours de Prévost-Delaunay de Hautefeuille & Deslogis, 1955, est mieux conçu
que le Hautefeuille & Ramade de Duployé, car dès la deuxième page des "Généralités" initiales,
un développement très substantiel est consacré à la "Ligne d'écriture" (18 lignes).


2) Excellence du cours de Pitman

Si on consulte "Isaac Pitman's Shorthand Instructor", édition 1919, on voit que, dans la présentation des signes,
le livre commence par un petit cours de phonétique associé à la sténographie, sur une page et demi. Ce cours
est une vulgarisation simple, mais accessible et correcte. D'ailleurs, signe qui ne trompe pas, la table
des consonnes de la page 4 énumère les consonnes anglaises selon un ordre motivé qui, à un détail infime près,
est exactement celui que les phonéticiens utilisent encore aujourd'hui.

Les voyelles sont introduites à la page 12, et le chapitre commence carrément par une citation du phonéticien
Henry Sweet donnant la définition de ce qu'est une voyelle. Au chapitre VI, sur les diphtongues, on voit que
l'auteur sait ce qu'est une diphtongue, et d'ailleurs il cite un autre linguiste connu, Skeat.

La version antérieure, "Isaac Pitman's Complete Phonographic Instructor" (1894), publiée du vivant de
Pitman (1813-1897) est légèrement moins développée, mais l'essentiel est en place.

On se perd en conjectures sur la raison qui fait que ce qui était considéré comme possible en Angleterre
au XIXe siècle est devenu impossible en France dans la seconde moitié du XXe siècle. Est-ce que l'auditoire
visé a changé, dans la réalité, ou dans l'image que les auteurs s'en font ? En tout cas la comparaison
entre le Hautefeuille & Ramade (et même du Hautefeuille & Deslogis) et le Pitman n'est pas à l'avantage
du premier livre, très postérieur au second. C'est d'autant plus dommage que la Duployé est bien conçue
du point de vue de l'arrière-plan de l'analyse phonologique.


3) Un repentir de Hautefeuille & Ramade ?

La comparaison entre Hautefeuille & Ramade 1976 et Hautefeuille & Ramade 1991 met en évidence
une amélioration importante. Dans le premier livre, aucun "tableau" ou "tableau synoptique" ou "paradigme"
pour guider l'élève dans la jonction des signes consonnantiques par l'intermédiaire d'un signe intermédiaire
de voyelle. En 1991 apparaissent 8 tableaux de 9 x 9 = 81 cellules, qui permettent au lecteur de vérifier
qu'il applique les règles correctement, ce qui est un secours appréciable. A-t-on eu peur d'effrayer le lecteur
de 1976 avec ces 8 x 81 = 648 jonctions ? Le document suisse, malgré sa brièveté, parvient à insérer
trois tableaux de jonction.
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fred



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MessagePosté le: Lun 21 Nov 2011 11:03 am    Sujet du message: Répondre en citant

Les éditions des années 50 de chez Hachette contenaient des tableaux, indispensables à une parfaite compréhension de la méthode, les règles rédigées ne constituant selon moi que des «légendes» de ces tableaux. Dans les éditions suivantes, les tableaux ont disparu : négligence fort dommageable, qui limite beaucoup l'intérêt de ces méthodes, car les mots ne sauraient remplacer l'image qui donnait toutes les possibilités d'écriture.
Il est heureux que les dernières éditions aient rétabli les tableaux. Il faut donc prendre garde aux méthodes que l'on achète, en fonction des dates de parution.
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mttiro



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MessagePosté le: Mar 22 Nov 2011 11:58 am    Sujet du message: Tableaux et pratique de l'enseignement Répondre en citant

Entièrement d'accord avec Fred sur l'importance des tableaux. J'ai posté mes observations n° 3 parce que je savais indirectement, sans les posséder, que des méthodes antérieures prenaient soin d'insérer des tableaux. Alors ça m'a fortement étonné, en reprenant le Hautefeuille & Ramade 1976 suite à l'achat récent du H & R 1991, puis en comparant, de constater cette étonnante carence du manuel le plus ancien. C'en est quasiment choquant pour un néophyte comme moi.

En tout cas, je me sens beaucoup plus à l'aise avec le manuel de 1991, parce que, bien évidemment, quand j'ai des doutes, je suis content de pouvoir regarder le tableau. J'ai alors la certitude que c'est comme ça et pas autrement. La consultation assidue des tableaux renforce les règles, les règles m'étant utiles (pour moi). C'est un cercle vertueux, et c'est très rassurant psychologiquement pour l'apprenti. Sinon on est un peu terrorisé à l'idée d'accumuler des exercices où on répéterait des jonctions erronées. Crainte justifiée, car ce genre de répétition vicieuse est constant dans n'importe quel apprentissage de n'importe quoi, si on n'y prend pas garde. C'est d'autant plus important en situation d'autodidacte.

Au surplus, vu le principe (astucieux) de la "mobilité des voyelles" en Duployé, il est important de pouvoir vérifier le positionnement des signes vocaliques en cas d'hésitation.

J'aimerais comprendre pourquoi les tableaux ont disparu pendant une vingtaine d'années. Pression des éditeurs ? Lubie pédagogique ? Ou, comme je l'ai suggéré, peur d'effrayer le lecteur potentiel ? Je sais qu'il y a des étudiants qui détestent tout ce qui ressemble à un tableau. Mais pas tous.

PS - Je me permets, en incidente, de signaler une question connexe, dans l'apprentissage de l'écriture de certaines langues. Prenons l'hébreu. Si vous examinez pas mal de grammaires et de manuels d'hébreu biblique, alors vous voyez que tous ces livres supposent, ou disent explicitement, que l'étudiant doit, non pas seulement lire, mais aussi écrire l'hébreu. Il faut de toute façon qu'il fasse des exercices de thème, dès la première leçon effective.

Or il n'y en a pratiquement pas un seul dans lequel on vous dise :
- si l'usage est d'écrire l'hébreu biblique en essayant d'imiter les caractères de l'"hébreu carré" de la typographie du livre, et si oui comment précisément, ou bien alors si on doit utiliser la cursive en usage en Israël actuellement pour l'écriture manuscrite
- et, dans un cas comme dans l'autre, comment se fait le tracé : ordre de la rotation (n'oubliez pas que l'hébreu s'écrit linéairement de droite à gauche), ordre des tracés horizontaux (de gauche à droite ? de droite à gauche ?), ordre des éléments successifs d'une lettre complexe traçable avec lever de main.

J'ai écrit à un des deux auteurs d'un manuel américain récent pour signaler ce problème, par ailleurs linguiste réputé, très âgé et expérimenté, et il m'a très aimablement répondu qu'ils n'y avaient pas pensé, mais qu'il modifieraient leur manuel dans une prochaine édition.

Il est évident, me dira-t-on, que cas carences techniquement monumentales, qui torturent l'élève, sont dues au fait qu'on suppose une situation de classe avec un professeur. Le maître va écrire au tableau, et on n'aura qu'à l'imiter sans même qu'il ait à donner des explications en paroles. L'enseignement pourrait presque se faire en silence pour cette partie-là.

Seulement voilà, une proportion importante des hébraïsants potentiels sont autodidactes, et les auteurs des manuels le savent fort bien, en sorte que l'oubli est assez grave. Pour eux, il faut être très explicite, très précis, très explicatif. Et je vais plus loin : pour certaines questions, il faut justifier ce qu'on dit, et ne pas s'imaginer que l'autodidacte va avaler ce qu'on lui impose sans se poser de questions. Puisqu'il va se les poser, il faut prévenir ces questions. L'autodidacte n'est pas du tout comme un élève bouclé dans une salle de classe, et contraint à une certaine discrétion, surtout en France, où on est terrorisé à l'idée de poser une question au maître (c'est un fait culturel bien documenté), l'autodidacte est beaucoup plus autonome (sinon il ne serait pas autodidacte), et donc plus rebelle. Les auteurs de manuels qui ne comprennent pas ça commettent une erreur.

D'ailleurs, chose curieuse mais réconfortante, les ouvrages sur le chinois ou le japonais ont une politique différente. Souvent ils indiquent soigneusement : les contours du gabarit dans lequel le signe doit tenir, les tracés avec des petites flèches numérotées indiquant l'ordre des composantes des signes, ainsi que la direction du tracé. Il y a des répertoires entiers de kanjis (les caractères empruntés au chinois) conçus dans cet esprit.

Il y a ainsi des traditions de pratiques pédagogiques, transmises soit avec bonheur, soit dans l'aveuglement le plus borné, dont certaines sont vicieuses, et font souffrir sans raison les étudiants. Et il y a, on vient de le voir pour Duployé, des innovations pédagogiques très malheureuses. Puis des repentirs très heureux. Tout est bien qui finit bien.
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fred



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MessagePosté le: Mar 22 Nov 2011 3:57 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je pense que les manuels des années 70 n'étaient tout simplement pas conçus pour les autodidactes, mais devaient juste servir d'aide-mémoire et de recueils de textes aux élèves. C'est une tendance que je constate dans la plupart des manuels scolaires depuis cette époque : ils ne sont plus faits pour apprendre seul. Dans les années 90. comme la discipline n'était presque plus enseignée. les auteurs sont peut-être revenus à de meilleurs sentiments envers les autodidactes.
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mttiro



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MessagePosté le: Mar 22 Nov 2011 5:04 pm    Sujet du message: Autodidactes Répondre en citant

Ça doit être ça. D'ailleurs j'ai l'impression que les vieux manuels de Pitman du tournant 1900, s'ils étaient explicites, c'est parce qu'ils supposaient que certains acheteurs n'auraient que ça à leur disposition. Ils étaient pensés avec soin.

C'est pourquoi on y explique comment tenir sa plume, quelle dimension doivent avoir les signes, quels trucs mémoriels utiliser pour retenir l'allure de telle signe (oui !). Ces spécifications techniques n'empêchent pas qu'on expose, rapidement, mais correctement la nature du système des sons de l'anglais, ce qui vaut peut être mieux si on a la prétention de les noter, puisque les sténographies doivent casser les habitudes graphiques et refléter des prononciations. On a aussi des lignes de tracés répétés, comme pour les livres de lecture d'enfants avec des lignes de "k" à reproduire, ce que je ne trouve pas déplacé. On met en garde contre les erreurs de tracés à fuir, pour éviter des confusions, etc. Bref, l'élève a l'impression rassurante qu'on s'occupe de lui. La supériorité, tant intellectuelle que technique, de ce genre de manuels par rapport à ceux des manuels français fin XXe siècle que je connais, crève les yeux.

En tant qu'autodidacte en Duployé, avec Hautefeuille & Ramade 1976, sans tableaux de jonctions, je dois presque me confiner aux exercices du livre. Avec Hautefeuille & Ramade 1991, je peux me faire autant de petits exercices supplémentaires que je veux (à un stade donné, bien entendu), parce que j'ai la garantie que je vais pouvoir me contrôler. Je n'ai rien du tout dans le principe contre les règles, au contraire, mais j'ai déjà eu l'occasion de dire que, parfois, leur expression n'est pas des plus heureuses, et que, paradoxalement, dans ce cas, la règle crée des obstacles, non pas parce que c'est une règle, mais parce que c'est une règle mal formulée. Alors avec les tableaux en plus, c'est parfait.

Il n'y a pas qu'en sténo qu'on publie des livres avec des règles mal fichues. J'ai vu tels livres d'anglais qui contiennent des règles de prononciation carrément fausses. Les règles de prononciation bien formulées sont un adjuvant énorme pour l'apprentissage, en allégeant beaucoup la charge mémorielle : si une règle couvre 500 mots, il est plus intelligent d'apprendre la règle et de s'exercer à prononcer sans hésitation les mots concernés, que de les apprendre un à un sans se rendre compte qu'il y a une règle, ce qui est économiquement stupide. Mais si la règle est, non pas simplifiée, ce qui est pédagogiquement justifié, mais carrément fausse, alors mieux vaut pas de règle du tout qu'une règle qui induit en erreur.

Si la fantaisie me prend de sténographier une série de mots ayant une certaine structure peu représentée chez H & F, je peux le faire. Si, à la fois par jeu et pour m'assurer que je sais faire, j'ai envie de noter "Panama", "monogame", "Copacabana", "Monomotapa", je veux avoir la garantie que l'allure que ça présente, avec un long pendouillage vertical comme ci et comme ça, est correct.
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fred



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MessagePosté le: Mer 23 Nov 2011 12:13 am    Sujet du message: Répondre en citant

En fait, il n’y a pas de règles mal formulées : ou bien elles servent d’illustration aux tableaux (qui représentent selon moi les seules véritables règles de position des signes), et alors elles se comprennent facilement ; ou bien elles se placent dans des contextes pédagogiques où un professeur est présent et où l’élève peut recevoir toutes les explications voulues.
Elles ont l’air mal formulées seulement dans le cas où vous voulez apprendre seul avec une méthode qui n’est pas faite pour un apprentissage en autodidacte. A votre décharge, je reconnais qu’il est vraiment malheureux que les méthodes n’annoncent pas la couleur !
Pour ma part, j’ai eu la chance de débuter avec des méthodes contenant des tableaux. Je n’ai donc jamais eu de problème pour comprendre les positions des signes, et je n’ai, par conséquent, jamais eu à m’interroger sur la formulation de ces règles.
Mais c’est là l’occasion de chanter les louanges de notre forum, où les autodidactes malchanceux peuvent pourtant trouver les professeurs qui leur manquent pour répondre à leurs questions, et leur éviter ainsi de stagner dans les ténèbres du doute et de l’incompréhension…
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mttiro



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MessagePosté le: Mer 23 Nov 2011 10:10 am    Sujet du message: Questions d'enseignement Répondre en citant

1) Les tableaux

Pour ma part, après une vague curiosité superficielle dans mon enfance (j'avais une encyclopédie didactique avec un exposé de la Prévost-Delaunay), j'ai eu un regain d'intérêt pour la tachygraphie en 1980. C'est donc cette année-là que j'ai acheté une série d'ouvrages sur Prévost-Delaunay, Duployé, Pitman, Gregg, Speedwriting, SFAE, et deux ou trois méthodes américaines d'écriture abrégée. Après j'étais trop occupé pour m'en occuper très activement, et j'ai laissé un peu dormir. Entre-temps la sténo était devenue un objet fossile. J'ai donc une micro-bibliothèque tributaire de l'état du marché en 1980. J'ai récemment acheté Hautefeuille & Ramade 1991, non encore épuisé. Je déplore de ne pas trouver le dictionnaire de Pommier et Guaspare, qui rend peut-être des services. Je vais essayer de l'obtenir par prêt.

Maintenant, pour ce qui est de l'importance relative des règles vs. les tableaux, il semble y avoir des opinions diverses, ce qui n'est pas fait pour m'étonner. Je suis frappé par le fait suivant. J'ai relu hier des posts de Duployean 2006, ici :
http://forumsteno.vosforums.com/prevost-delaunay-versus-duploye-t136.html

Pour aider un internaute, il fournit des tableaux. Et il ajoute le commentaire que voici :
"Ce sont des tableaux récapitulatifs, si l'on connaît les règles de position, il n'y a aucune obligation de s'y référer." C'est très instructif venant de quelqu'un qui avait presque 50 ans de Duployé derrière lui, et qui, dans sa jeunesse traçait du 200 mots / minute.

Votre conception est l'inverse : ce qui est premier, ce sont, on va dire, les automatismes que résument les tableaux, les règles n'étant que des dérivés des tableaux, sans valeur profonde. Vous allez même jusqu'à dire que les seules véritables règles sont les tableaux, ce qui pousse les choses à la limite, et ne correspond sans doute pas à ce que les inventeurs des sténographies pensaient.

Sans me forcer à jouer les conciliateurs pour être bien gentil avec tout le monde, je crois en fait que les deux sont justifiables, mais que, et là je ré-enfourche mon dada, suivant les tournures d'esprit des uns et des autres, on se sentira plus à l'aise avec ceci, ou avec cela, ou en associant les deux. C'est pourquoi un bon manuel doit s'efforcer d'offrir à l'étudiant la panoplie (sélectionnée) des outils qui vont lui permettre de se sentir le plus à l'aise, et l'étudiant choisira.


2) Caractère inabouti des tableaux

Autre chose que dit Duployean à propos des tableaux : "Ces cas de figure ne correspondent pas forcément à des configurations réelles du français. " C'est une remarque que je me suis faite, et je suis très heureux d'en avoir la confirmation de la part d'un praticien aussi chevronné que Duployean. Dans ces conditions, je me suis demandé s'il n'aurait pas été judicieux pédagogiquement de pousser les choses jusqu'à fournir des tableaux avec des cases vides pour les configurations inexistantes en français.

Ce petit fait montre à nouveau que, souvent, les méthodes ne sont pas pensées pédagogiquement jusqu'au bout, et que, par conservatisme et par absence de réflexion, on se transmet de professeur à futur professeur, des habitudes pas toujours au top niveau. Et quand on est jeune, on ferme son bec. Ensuite, en vieillissant, on a pris des habitudes, et on n'en change plus. La routine se transmet ainsi sur plusieurs générations, et se présente insolemment comme une maîtrise.

Je prends une comparaison. Les configurations de jonctions fournies par les tableaux de Duployé sont les analogues graphiques des listes de configurations de phonèmes attestées dans une langue donnée, en fonction des règles d'assemblage "phonotactiques" propres à chaque langue. Donc, dans les très bons traités de phonétique (vraiment les très bons), vous avez un chapitre sur la phonotactique, où on vous explique que les mots anglais peuvent commencer par /str/, mais, à cause des blancs dans la présentation des règles, vous voyez qu'aucun mot anglais ne commence par pas par /stl/, etc. Dans tel traité de phonétique de l'anglais, par exemple, vous avez 5 pages bien tassées là-dessus.

Les gens qui parlent des langues où ce type de groupes de consonnes est inconnu doivent être alertés sur la nécessité de faire des exercices spécifiques pour produire correctement les mots. Mais il n'y a pas lieu de se fatiguer à travailler autre chose. [Mieux encore, si on descend dans le détail phonétique fin, même quand deux langues ont, mettons la séquence /k + t/, la réalisation peut être légèrement différente. Il y a une façon de dire "actif" en français qui, si vous la transposez paresseusement en anglais, donnera un "active" qui ne sera pas authentique, car la manière précise dont se fait le passage de /k/ à /t/ en anglais diffère de la façon dont on peut faire ce passage en français. C'est en somme l'équivalent de ce que serait un détail super-fin de tracé graphique. Et il faut que ceci soit mécanisé à haute vitesse, l'unité de mesure étant le centième de seconde, parce que, vu l'extrême mobilité de la langue, organe très riche en muscles, les gestes articulatoires de la parole se font à une vitesse telle que la plupart des sténographes ne peuvent pas suivre. Les mouvements des organes de la parole sont peut-être bien les plus rapides et les plus précis de tous les mouvements corporels. Je crois que ça dépasse les gestes des tireurs d'élite.]

Eh bien, compte tenu de ça, de la même façon, on aurait peut-être pu alléger un peu les tableaux de Duployé français en éliminant des combinaisons qu'on ne va pas rencontrer en français. Je n'ai pas d'idée préconçue du gain ainsi obtenu, mais peut-être qu'en "trouant" les tableaux, on effraierait moins ceux des étudiants qui sont allergiques à la présentation en tableau.


3) Degrés de facilitation mémorielle

Par ailleurs, pour rester dans le domaine des façons d'enseigner, et donc aussi de s'auto-enseigner quand on est en situation d'autodidacte, se pose la questions des trucs mnémotechniques, sur laquelle nous avons eu un court échange il n'y a pas longtemps, que je prolonge ici. Dans la phase actuelle, je suis obligé d'y avoir recours ça et là en Duployé. Le site "Long Live Pitman's Shorthand" et surtout le site "Pitman for geeks" en fournit pas mal pour la mémorisation initiale des signes de Pitman. On pourrait penser que ce sont des amusettes indignes d'une situation sérieuse.

Mais quand on y réfléchit, on voit que c'est dans la philosophie d'Isaac Pitman. La morphologie des signes de la Pitman a été pensée de façon systématique, et de façon à faciliter la mémorisation dès le départ ("a natural relation is preserved between the spoken sound and the written sign"). C'est pourquoi le fait que les anciens manuels de la maison Pitman commencent par un exposé de phonologie anglaise simplifiée n'est pas un ornement sur le gâteau. C'est l'inverse qui est vrai : la "phonographie" de Pitman a été conçue dans une perspective bien précise. On part d'une classification des consonnes anglaises, conforme à 95 % aux données de la phonétique, même actuelle, et on monte là-dessus un symbolisme graphique "motivé".

C'est parfaitement logique. Si vous avez la prétention de noter des sons couramment (soit par une transcription du genre Alphabet Phonétique International, soit par la sténographie), il est assez indiqué de savoir quel est le système des sons de la langue en question : c'était la position de Pitman. Pour prendre une analogie, si vous avez la prétention d'écrire du français couramment en manuscrite usuelle, il est assez indiqué de savoir ce qu'est l'orthographe du français.

En Pitman, les consonnes occlusives sont notées avec des traits, les consonnes fricatives sont notées avec des arcs de cercle ne reposant pas sur la ligne d'écriture, les consonnes nasales sont notées avec des arcs de cercle reposant sur la ligne d'écriture, les liquides autrement, et les semi-consonnes sont notées avec des "cannes" ou des "sucettes". Par là-dessus, en classification croisée, les sonores sont notées par le signe des sourdes, mais renforcé.

Ainsi chaque famille de phonèmes est notée par une famille bien déterminée de signes graphiques. Franchement, je suis saisi d'admiration devant ce travail. Après ça, on aime ou n'aime pas la Pitman, c'est aussi une affaire affective (Duployean la détestait, d'autres en tombent amoureux). Notez que, une fois améliorée, comme toutes les sténographies, un peu bridées dans leur forme initiale ou élémentaire, la Pitman autorise de grandes vitesses : un as des années 1880, Thomas A. Reed, avait noté (un sermon, je crois) à 213 mots / minute de moyenne.

Comparé à la splendide organisation de la Pitman, la Duployé c'est un peu le capharnaüm, sauf si on arrive à montrer que Duployé a été guidé par des considérations touchant à la fréquence des phonèmes en discours. Je le dis d'autant plus froidement que, par ailleurs, je préfère la Duployé à la Pitman.

En plus, si je prends les manuels de Pitman anglais autour de 1900, conçus explicitement pour pouvoir être utilisés, soit par des autodidactes, soit dans le cadre d'un enseignement classique guidé par un professeur, et que je regarde mon manuel canadien de Pitman française (1961), je constate un effondrement complet de la présentation de la Pitman. Le manuel français, c'est, pour moi, du bordel indigeste, qui ne fait pas honneur au travail de Pitman.


Comme vous l'indiquez justement, après une période transitoire délicate, l'apparition d'Internet change favorablement la situation des autodidactes. Des âmes charitables guident les étudiants, on voit des diagrammes avec des flèches en couleur (voir le site "Pitman for geeks"), voire, plus rarement, des animations. En effet, on peut faire pour la sténo l'équivalent de ces quelques sites où, pour l'hébreu, l'arabe, le japonais on peut voir les lettres ou syllabogrammes se tracer devant soi, avec le geste exact à imiter.

Exemple pour le hiragana du japonais :
http://yosida.com/en/hiragana.html
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fred



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MessagePosté le: Mer 23 Nov 2011 2:33 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ce que dit Duployean des tableaux est juste : "si l'on connaît les règles de position, il n'y a aucune obligation de s'y référer". Effectivement, moi-même, je ne les regarde plus jamais. Parce que je connais déjà la méthode, donc les règles. Mais pour l'apprentissage, donc pour les débutants (autodidactes, en plus) ne maîtrisant pas encore les règles, je considère en effet que les tableaux sont essentiels, et beaucoup plus parlants que les règles formulées.

Si toutes les cases des tableaux ne correspondent pas forcément à des suites de sons existant dans la langue, n'oubliez pas que vous pouvez avoir affaire à des noms propres où ces combinaisons pourraient se trouver. D'autre part, par suite des règles sur les suppressions, on peut toujours tomber sur un mot qui se sténographierait avec une combinaison inexistante dans la langue, mais existante, de fait, en sténo (cela concerne la fondamentale ou la codifiée). Voilà pourquoi il est intéressant de connaître toutes les cases.

Enfin Duployean a appris la sténographie avant la codification, et vraisemblablement avec un professeur : vous ne pouvez donc pas comparer son apprentissage au vôtre. Mais je partage tout à fait son avis sur la mémoire kinétique :
"la sténo est manuelle avant tout dans la phase de la pratique, fait appel à des automatismes de gestes devenus quasi-instinctifs et non réfléchis. A 130 m/m et plus, le sténographe ne peut se permettre de réfléchir à ses sténogrammes. ... Un système efficace n'est pas un système ultra-perfectionné, c'est seulement un sytème qui permet facilement d'atteindre la mémoire kinétique." Je vous engage à méditer cette dernière phrase.
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mttiro



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MessagePosté le: Mer 23 Nov 2011 3:08 pm    Sujet du message: Mémoire kinétique Répondre en citant

Merci pour les précisions du paragraphe 2. Pour les paragraphes 1 d'accord, et pour 3, j'étais convaincu d'avance.

En conformité avec ce que j'ai dit ci-dessus, un individu laconique qui ne parlerait qu'une demi-heure par jour, opère à très grande vitesse selon une mémoire kinétique très bien ancrée acquise par un nombre gigantesque de répétitions, qui lui font enchaîner des gestes articulatoires de telle sorte que chacun d'entre eux réapparaît des centaines de fois dans la journée. Un tel individu laconique arrivé à l'âge de 15 ans a accumulé 15 millions de secondes de parole, chaque seconde couvrant une série de mouvements articulatoires complexes et très précis. De toutes les activités physiques volontaires, la parole est, et de très loin, la plus spectaculaire, même au-delà de ce que donne un musicien virtuose, par exemple.

Chacun d'entre nous accomplit ainsi ces prouesses gestuelles sans y penser... sauf quand il doit apprendre une langue étrangère, et là il comprend ce que ça représente.

C'est la raison pour laquelle, au fond, les exploits des sténographes ne m'impressionnent qu'à moitié.
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fred



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MessagePosté le: Mer 23 Nov 2011 11:34 pm    Sujet du message: Répondre en citant

En matière d’exploit, cela me fait un peu penser à la jonglerie ; même corps à corps avec la difficulté, mêmes répétitions inlassables des gestes exacts… Mais les jongleurs commencent très jeunes. Ce n’est pas pour rien qu’on parle des « enfants de la balle ».

Or il est très rare qu’on apprenne la sténo enfant. Durant les cinquante dernières années, les gens ont étudié la sténo, au mieux, adolescents, vers 16 ou 17 ans. On peut donc considérer qu’ils avaient déjà la main faite à une écriture donnée (et la mémoire kinesthésique correspondante), en commençant cette écriture « étrangère ». Obtenir alors une nouvelle micro-précision permettant des prises assez rapides n’est pas un si mince exploit. D’autant que, sans pratiquer, on perd très vite la vitesse acquise. Et que penser de ceux qui ont commencé sur le tard, et qui ont pourtant réussi à atteindre des vitesses très honorables ? Cela force mon admiration.

Néanmoins, et contrairement à la jonglerie, je ne crois pas que la sténographie, malgré le fait qu’on a pu la mettre en vedette, pour diverses raisons (essentiellement économiques), soit par nature une discipline spectaculaire. Les pratiquants se fixent un but, utilitaire, et travaillent à l’atteindre. C’est au fond, assez généralement, une quête personnelle, un peu comme un sport privé : on peut repousser toujours ses propres limites, ou de contenter de maintenir une vitesse de croisière.
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kimou



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MessagePosté le: Mer 30 Nov 2011 3:03 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Cela dépend.

Par exemple, il y avait : "il y a" + "Ve" + terminaison "é" :

et bien, le "é" repose sur la ligne d'écriture et le début est au-dessus de la ligne. Le mot qui suit - exemple un demi-cercle, repose comme le "é", sur la ligne fictive d'écriture.

Ex : Madame, Mlle, Messieurs

le "Me-se" début au-dessus de la ligne d'écriture et se termine au-dessous.

Il y a des tas d'exemples.

Je ne me fie pas à la méthode Suisse. Chacun ses règles.

Il faut simplement suivre la logique Duployé codifiée française, adaptée à nos mots. Elle est difficile au départ parce qu'elle fait appel à beaucoup de logique surtout logique géométrique.
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mttiro



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MessagePosté le: Mer 30 Nov 2011 4:47 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Exact. Les MeSe etc. chevauchent la ligne d'écriture.
C'est une pratique rationnelle et ancienne.
On la trouve dans Giraudon avant la dernière guerre.
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 04 Déc 2011 11:57 am    Sujet du message: Groupes consonnantiques à liquides Répondre en citant

Je reviens sur la question des présentations pédagogique, avec l'exemple des groupes de consonnes de type "pr".

En français, en anglais, etc., on a des groupes de consonnes dont le deuxième élément est une des consonnes dites "liquides" /l/ et /r/ : pr tr kr br dr gr fr vr, pl kl bl gl sl fl vl. Ces suites peuvent commencer ou terminer la syllabe : "trappe", "pâtre". C'est l'objet de différences de traitements selon les méthodes tachygraphiques, et c'est aussi l'objet de choix divers dans la manière d'enseigner.

En français, l'intuition nous dit que certains de ces groupes sont fréquents en discours, notamment en début des mots. Cette intuition est corroborée par des études précises. On trouvera les données dans la thèse d'Olivier Crouzet, Segmentation de la parole en mots et régularités phonotactiques, 2000, ch. 4. Voir la page 146, figure 24 (échelle logarithmique), portant sur des initiales biphonématiques sélectionnées, car, dommage, Crouzet a exclu nasales, liquides et semi-voyelles initiales ("monarque", "nostalgie", "loustic", "rogaton", "ouate", "yatagan", "huître"). Pour rendre la présentation plus accessible, j'ai calculé les pourcentages des classes par rapport au total des classes, que j'ai énumérées ci-dessous par fréquence décroissante, avec ajout de deux exemples pour chaque classe.

- occlusive + voyelle, "tente", "quadrillage" : 32,0 %
- fricative + voyelle, "sang", "féodalité" : 29,2 %

- occlusive + liquide, "crête", "plastique" : 21,8 %
- fricative + liquide, "vrai", "florissant" : 7,8 %

- fricative + occlusive, "sport", "stationner" : 2,5 %
- occlusive + fricative, "psychiatre", "xylophone" : 2,1 %
- fricative + nasale, "snob", "smoking" : 1,8 %
- occlusive + nasale, "gnome", "pneumonie" : 1,4 %
- fricative + fricative, "sphérique", "svelte" : 1,1 %
- occlusive + occlusive, "cténaire", "ptérodactyle" : 0,3 %


A - Différences entre les méthodes

La question se pose de la représentation tachygraphique de ces groupes à finale liquide. Il arrive souvent, mais pas toujours, que les méthodes tachygraphiques prévoient pour eux une notation particulière. Voici quatre solutions au problème.

1) La sténographie Gregg pour l'anglais écrit par exemple /pr/ en associant les signes du /p/ et du /r/. Cette solution inattendue s'explique probablement par le fait que la Gregg, quoique de conception géométrique, pratique une grande cursivité. C'est ainsi que les courbes du /p/ et du /r/ se joignent en une mouvement continu pour constituer une courbe unique.

Dans l'alphabet de la sténographie allemande Gabelsberger, si, dans l'alphabet, il y a des signes spéciaux pour /sp/, /st/, il n'y en a pas pour les groupes à liquide. Mais en fait, l'allemand comportant pas mal de groupes consonnantiques, on doit apprendre des tracés compactés pour /pr/, etc. , et d'ailleurs pour d'autres groupes.

2) Dans la sténographie Pitman, on dispose de signes spéciaux pour ces "doubles consonnes" (terme de la méthode française Boyer & Comptois). Ainsi encore dans le Système français d'écriture abrégée (SFEA) de Limousin & Texier, ces groupes C + r ou l + voyelle interne non notée ("syllabes liquides") bénéficient d'une symbolisation spéciale bien conçue (trait horizontal ou oblique remontant attaché au signe de la consonne précédente), qui diffère de la solution du Speedwriting américain.

3) Dans certains systèmes, le traitement de ces groupes consonnantiques est généralisé, englobé dans un traitement plus extensif. Par exemple, en Duployé non élémentaire, la symbolisation de /prV/ est la même que la symbolisation de /pVrV/ (V = n'importe quelle voyelle). Le signe pour "PeRe" sert à noter aussi bien /prɛ/ dans "presse" que /par/ dans "parmi", /pɔr/ dans "porte", /pary/ dans "parure", /para/ dans "paravent".

4) Dans la sténographie Prévost-Delaunay, il y a dissociation. On a d'une part des signes spéciaux pour /prV/ ou /brV/ initiaux, etc. ("initiales syllabes liquides"), et d'autre part des signes distincts pour PeR, etc. ("syllabes complexes en L et R"). Exemple : "parsimonie".

Note terminologique : Les sténographes français, y compris les auteurs de la SFEA, ont adopté la convention d'appeler "liquides" non pas une certaine classe de consonnes individuelles, mais a) soit l'ensemble d'une suite de consonnes terminée par une consonne liquide ; b) soit les /l/ et /r/ uniquement quand ils figurent en fin de telles suites, mais pas dans d'autres contextes. Les sténographes anglais, Isaac Pitman et ses collaborateurs, ainsi que John Robert Gregg, s'en tenaient à l'usage standard en phonétique, d'origine gréco-latine.


B - Choix pédagogiques

Ceci posé, la question est de savoir à quel moment on va introduire les signes pour les groupes consonnantiques à liquide (/pr/) et leurs extensions éventuelles à des fins sténographiques (/pVr/, /pVrV/). Pour savoir précisément ce qu'il en était, j'ai examiné un petit nombre de manuels, et j'ai noté à quelle page apparaît la notation. Par exemple si un manuel fait 150 pages et que la notation est introduite à la page 75, je dirai que l'introduction se fait à 50 % du livre.

Et là, on constate des disparités.

1) Certaines méthodes introduisent ces signes très tôt. C'était le cas du Complete Phonographic Instructor anglais de Pitman (1894), qui introduisait les signes à 38 / 250 = 15 %. C'est aussi le cas de la Pitman française de Boyer & Comptois (1961), pourtant inférieure au modèle anglais à divers égards, avec introduction à 24 / 180 = 13 %. C'est aussi le cas, significatif, de la SFEA version 1994, avec introduction à 29 / 123 = 23 %.

En revanche, dans le manuel Hautefeuille & Deslogis 1955 pour la sténographie Prévost-Delaunay, l'introduction se fait à 79 / 166 = 45 %.

2) Qu'en est-il en Duployé ?

Je prends le Hautefeuille & Ramade 1976, dont on va dire qu'il fait 134 pages (le reste étant des exercices supplémentaires et une récapitulation des abréviations). L'introduction de PeRe se fait à 77 / 134 = 57 %, encore plus tardivement que dans le manuel de Prévost-Delaunay.

Donc, en gros, l'élève apprend à traiter des mots comme "place" lorsqu'il a assimilé 1/8 de la méthode en Pitman, mais 5/8 de la méthode en Duployé. On ne peut pas attribuer ceci à une divergence fréquentielle entre anglais et français, puisque l'introduction précoce se fait aussi bien en Pitman française que dans son modèle anglais.

La première réaction est de se dire qu'il n'y a pas lieu de s'étonner, et que cette disparité s'explique uniquement par la structure différente des systèmes. Systèmes différents : progressions différentes.

Maintenant regardons le manuel de Duployé par Giraudon, qui devrait dater des années 1920, et qui correspond peut-être à ce qu'enseignait des gens comme Jean-Baptiste Estoup (1868-1950), ou Albert Navarre (1874-1855) après l'introduction de la métagraphie par Joseph Depoin (1855-1924), Jean-Baptiste Estoup, Pierre Humbert et d'autres. Il fait 107 pages, plus une dizaine de pages supplémentaires de lectures intercalées, à numérotation indiciée, que je négligerai. Là l'introduction de PeRE se fait à 56 / 107 = 52 %, ce qui ne diffère pas beaucoup de Hautefeuille & Ramade 1976 (57 %). On semble donc avoir une preuve du fait que cette introduction est contrainte par la méthode, qui impose telle et telle progression.

Je dois observer au passage que Giraudon fournit des explications claires et assez substantielles quand il arrive au PeRe, notamment en comparant bien des paires comme "passe" / "paperasse", "rage" / "reproche", comme il le fait aussi ailleurs (sa terminologie pour les signes concernant PeRe etc. est "voyelles métagraphiques", à cause du positionnement en symétrie par rapport au signe voyelle). Sur ce point le Giraudon est meilleur que les Hautefeuille & Ramade 1976 et 1981. Ce n'est pas la seule fois que j'observe une certaine dégradation au fil du temps.

Regardons d'un peu plus près encore. Dans Hautefeuille & Ramade 1976, le PeRe est introduit au début de la deuxième partie ("Sténographie Duployé codifiée"). Dans Giraudon, le PeRe est introduit également en début de la deuxième partie (appelée "Les tracés abréviatifs"). Confirmation apparente de la conclusion du paragraphe précédent.

3) Duployé de plus près : évolution

Mais regardons encore d'un peu plus près. Dans la Duployé non originelle (l'intégrale), comme dans la Prévost-Delaunay (peut-être cette dernière a-t-elle influencé les réformateurs de la Duployé ?), ou la sténographie Aimé Paris, on dispose de signes spéciaux pour des suites de deux, voire trois syllabes du genre de DeSe, KeMe, etc. Quand ces signes sont-ils introduits dans le déroulement des manuels de méthode Duployé ? Dans Hautefeuille & Ramade 1971, ces signes ("consonnes complexes") sont introduits dans la première partie ("Sténographie de base"), à 42 / 134 = 28 %. Alors que, on l'a vu, les signes pour les PeRe sont rejetés dans la deuxième partie, à 57 %.

Qu'en est-il chez Giraudon ? Giraudon introduit les DeSe, etc. ("abréviations linéaires" pour les "consonnes allongées") à 82 / 107 = 77 %, dans la deuxième partie. Alors que les signes pour PeRe, on l'a vu, apparaissent à 52 %.

De même, dans le Cours théorique et pratique de sténo-métagraphie des sténographes anversois van den Bosch & Camby (1906), les PeRe sont enseignés à 53 / 130 = 41 % sous le nom d'Abréviation Symbolique. Les DeSe, sous le nom d'Abréviation linéaire, apparaissent à 90 / 130 = 69 %.

On constate donc entre Giraudon, vand den Bosch & Camby d'une part et Hautefeuille & Ramade d'autre part une interversion spectaculaire dans l'introduction des signes que j'examine. Chez Giraudon, chez van den Bosch & Camby on apprend à écrire rapidement "presse" (à 52 % et 41 % du manuel respectivement) avant d'apprendre à écrire rapidement "dessiner" (à 77 % et 69 % respectivement). Chez Hautefeuille & Ramade 1971, c'est l'inverse : "dessiner" (à 28 %), puis, longtemps après, "presse" (à 57 %).

Le commentaire pourra être tout de suite : entre Giraudon, van den Bosch & Camby et Hautefeuille & Ramade, il y a eu la codification d'après-guerre, donc ne comparons pas ce qui n'est pas comparable. J'ai tout de même envie de comparer.

L'intuition me dit que, dans une tachygraphie, on a très vite besoin de signes spéciaux pour les groupes de consonnes terminés par une liquide. Comme on l'a vu, cette intuition n'est pas sans fondements quand on examine la structure statistique du français ou de l'anglais. Et que, justement, ce n'est pas par hasard si Pitman et la SFEA les enseignent très vite. Or la question de savoir à quel stade de son apprentissage l'étudiant va y être exposé n'est pas indifférente. Une réponse consistant à dire que l'élève n'a qu'à suivre la méthode patiemment sans se poser de questions ne serait pas convaincante. Surtout pas pour un adulte, qui plus est autodidacte.

4) La distinction entre les décisions pédagogiques contraintes et les choix pédagogiques libres

Dans tout apprentissage, sur n'importe quel domaine, il y a des ordres de stades imposés, mais il y en a d'autres pour lesquels il y a choix. Sur ces derniers les différences d'appréciation peuvent être énormes. On ne peut pas se contenter d'approuver aveuglément tel ou tel choix sous le seul prétexte qu'il existe.

Celui qui apprend la sténographie Duployé apprend d'abord à noter les voyelles en début et en fin de mot avant d'apprendre à les noter entre deux consonnes, puis d'apprendre dans quels cas il ne notera pas les voyelles. On ne peut guère procéder autrement. On est dans la situation n° 1, de décision sous contrainte.

De même, en mathématiques, je ne peux pas m'occuper d'intégrales multiples avant d'apprendre le calcul intégral sur une seule fonction, ce qui suppose à son tour que je sache ce qu'est une fonction, et savoir ce qu'est une fonction exige pratiquement que j'aie maîtrisé l'algèbre, et l'initiation à l'algèbre suppose que j'aie maîtrisé l'arithmétique et ses opérations, ce qui implique que j'aie commencé par la numération 1, 2, 3, 4... Ici la progression est contrainte par la structure même de l'édifice mathématique, A implique B : impossible de grimper au sixième étage sans passer d'abord par le rez-de-chaussée.

Observer cependant que, même dans le cas d'une succession d'étapes donnée, le moment varie où est introduit le calcul intégral. Voir mon post-scriptum.

Ainsi dans bien des cas, une certaine succession d'étapes s'impose de droit ou de fait. Mais il serait facile de montrer, par exemple dans l'apprentissage d'une langue, que cette hiérarchie ne vaut pas pour tout, et même s'agissant de points très fondamentaux. Car si, là encore, certaines choses doivent être apprises après d'autres, en revanche, pour certaines pièces capitales de la langue, la progression traditionnelle est extrêmement discutable, voire démontrablement dangereuse.

Ce n'est pas parce qu'une pratique pédagogique est ce qu'elle est qu'on est obligé d'imaginer que c'est la seule solution possible. La routine, voire l'incompétence partielle, peuvent se parer des couleurs de l'expertise. Ici, pour éviter toute méprise, car la confusion est répandue et a toujours alimenté des arguments sophistiquse pour la défense de positions routinières, il faut soigneusement distinguer la maîtrise qu'un maître a d'une discipline, et la maîtrise que le maître a de la manière dont il enseigne cette discipline. Il ne suffit pas de s'y connaître extrêmement bien en dessin, en chinois, en krav-maga ou en piano pour pouvoir enseigner extrêmement bien le dessin, le chinois, le krav-maga ou le piano. Ainsi, soumettre à critique certains éléments d'une pratique d'enseignement n'implique en rien qu'on dénie à l'intéressé la possession d'une haute maîtrise du domaine.

Lorsque l'étudiant est en situation d'autodidacte, il est confronté à un dilemme un peu embêtant. Il est tenté de faire totalement confiance à son manuel parce qu'il ne va pas réinventer la roue, et que les auteurs sont censés s'y connaître, non pas seulement parce que MM. Hautefeuille et Ramade sont de bons sténographes, mais aussi parce que eux et leurs collègues auraient mûrement réfléchi, dans les moindres recoins, à la manière d'enseigner leur art. Mais si notre autodidacte ose détecter des bizarreries dans le manuel il se sentira un petit peu mal à l'aise, il pourra s'accuser d'incurie ou d'insolence. A tort, peut-être. C'est un fait qu'il serait vain de dissimuler.

Qu'en est-il en sténographie Duployé ?

4) Evolution de la Duployé

Quand la Duployé a été codifiée, la commission qui a pris les décisions était-elle constituée exclusivement de sages omniscients ? On aimerait le croire, sans en être absolument certain. N'a-t-on pas tranché parfois sous la pression de tel ou tel personnage plus puissant ? Quand on a vu fonctionner quelques comités, on n'entretient pas une opinion trop idéalisée de leur modus operandi. On adorerait disposer d'un "compte rendu sténographique" des discussions...

Un des effets de la codification c'est celui-ci. Au moment où le crépuscule assombrissait le luxuriant paysage de la Sténographie, Hautefeuille & Ramade ont publié en 1981 un chant du cygne vespéral sur la Duployé fondamentale, donc en omettant la deuxième partie du manuel de 1976. La décision irrévocable avait été prise en 1950 d'enseigner les "consonnes complexes", DeSe etc. dans le premier degré. Le résultat, c'est que, en 1981, les signes DeSe, etc. en question sont enseignés dans ce manuel de fondamentale, ladite fondamentale ayant été gravée dans le bronze ne varietur. Mais comme la décision non moins irrévocable avait été prise de n'enseigner les "symboles universels", etc. pour PeRe et consorts, qu'une fois atteint le degré avancé, eh bien le résultat est que, exposés à l'enseignement du Hautefeuille & Ramade 1981, les étudiants ne furent plus introduits dans le Saint des Saints, où on divulguait jadis aux seuls initiés la manière d'écrire rapidement des mots tels que "presse".

L'adaptation de la Duployé fondamentale à l'allemand par Deygout & Sallès (1987) respecte fidèlement ces décisions. Donc en fin de méthode, on écrit toujours "Kredit" avec K + R, comme en Duployé intégrale (donc ancienne).

Si j'apprends la Pitman française 1961, à peine parcouru le huitième de la méthode, j'ai le plaisir de savoir écrire vite "plaisir". Si j'apprends la Duployé française intégrale 1981, je peux parfaitement écrire /p + l/ et voyelle pour le début de "plaisir", mais on ne m'enseignera jamais la façon abrégée de faire.

On peut se demander quelles sont les raisons pour lesquelles la décision a été prise d'enseigner les signes pour les suites de deux (ou trois) syllabes avant les signes pour les structures PeRe.
Parce qu'on avait pu prouver qu'on augmentait ainsi substantiellement la vitesse ? parce que c'était plus immédiatement rentable que les PeRe ?, ce n'est pas impossible du tout, mais je n'en sais rien. Si on est très courageux, il n'est pas impossible de rechercher assez précisément quelle est la rentabilité de ces deux procédés abréviatifs. On peut avoir recours à la base de données Lexique3 de Boris & Pallier pour le lexique du français, envisagé soit graphiquement soit phonologiquement. Cette base de données compte 135'000 "mots" (c'est-à-dire des formes fléchies : "joli", "jolie", "jolis", "jolies" comptent pour 4 mots dans ce sens-là). Ces "mots" correspondant à 55'000 "lemmes" (lemme : regroupement des formes fléchies sous une seule vedette, comme dans les dictionnaires, donc les 4 "mots" "joli", "jolie", "jolis", "jolies" ci-dessus sont réunis en un seul lemme "joli", comme dans le Petit Larousse). On peut faire toutes sortes d'interrogations en ligne sur cette base de données, y compris des en posant des questions assez pointues, en utilisant des "expressions régulières".

A titre d'exemple on peut voir que la configuration sonore /dVs/ (exs. : "destin", "audace", "pardessus") se trouve, dans n'importe quelle position, dans 2'586 mots, tandis que la configuration /p(V)r/ se trouve, dans n'importe quelle position, dans 5'538 mots (exs. : "presse", "parole", "supercherie", "reproche").
Attention : ceci concerne les items d'un répertoire, d'un lexique. Mais pour avoir les fréquences textuelles, qui sont nettement plus intéressantes pour la sténographie, puisque là on se demande combien de fois on va rencontrer telle et telle configuration en notant des propos (ou des idées verbalisées et oralisées intérieurement), il faudra se livrer ensuite à des opérations supplémentaires.

Est-ce que vraiment, sur ce point, la structure du système mécanique est tellement rigoureuse que l'on doive d'abord s'astreindre à usiner avec amour le moteur, puis la manivelle, la bielle, et les guides, avant de pouvoir se laisser aller à contempler le va-et-vient du piston ?

C'est peu vraisemblable. Ce qui pourrait expliquer la décision de repousser les PeRe ou même de faire sur eux le silence, ce pourrait être la crainte de dérouter l'étudiant, qui, ayant appris à écrire "hâte" avec le rond du "a" au-dessus du trait horizontal du "p", va devoir apprendre à écrire "porte" avec ce même rond, mais cette fois attribué à PeRe / BeRe, et placé au-dessus du trait horizontal. Mais si c'est ce mouvement symétrique qui est le motif de la décision, on pourrait l'appliquer à d'autres éléments du système Duployé, même dans son degré inférieur.


PS

Si en mathématiques l'ordre d'apparition des concepts est normalement très contraint, en revanche même dans ce domaine, il peut y avoir plus de souplesse qu'on ne le pense dans le choix du moment où est introduit un concept, supposés connus les concepts hiérarchiquement inférieurs.

En France, autrefois, le calcul intégral était réservé aux mathématiques dites "supérieures", après le baccalauréat. Les jeunes Anglais, eux, s'y initiaient dès la fin des études secondaires, sans qu'on eût sollicité l'avis des Inspecteurs généraux qui ornaient la République française. Et donc même ici il n'y a pas une définition canonique de ce qui est supérieur et de ce qui est élémentaire. Au demeurant, comment pourrait-il en être autrement ? D'ailleurs je suis enclin à penser que, spécialement dans une présentation intuitive manipulant le concept d'infinitésimale désormais tabou parce qu'un peu "sale" (qui, historiquement, a été le support intellectuel de gens comme Leibniz, tout de même), les principes du calcul intégral sont accessibles à un élève assez jeune, s'il est intelligent et curieux (mais le "si" fait tout).

Je soupçonne donc que, même dans un domaine aussi rigoureusement architecturé que les mathématiques, il ne faut pas entretenir trop d'illusions sur la légitimation inattaquable des décisions pédagogiques.
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fred



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MessagePosté le: Dim 04 Déc 2011 2:41 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Les questions que vous posez, si elles ne feront pas avancer votre apprentissage plus que ça quand vous aurez la réponse, sont cependant légitimes de la part d'un novice ; aussi vais-je vous donner mon sentiment là-dessus.

Dans la méthode Duployé, même si je considère que certaines règles doivent s'apprendre obligatoirement avant d'autres, tout n'est pas forcément figé. Qu'on apprenne, par exemple, à placer les voyelles nasales avant U et EU, ou l'inverse, n'a pas grande importance, de même si on apprend à placer les crochets des I et E avant les ronds des A et O.

Néanmoins, on peut voir la progression générale suivante :
1) Connaissance et placement des voyelles par rapport aux consonnes.
2) Les diphtongues (ou du moins, ce que nous appelons comme ça, composées de voyelles duployennes : donc, ça vient logiquement ensuite. Mais rien n'empêcherait de les étudier plus tard, après les finales par exemple - cependant, comme les diphtongues empêchent souvent l'emploi des règles suivantes, leur étude trouve mieux sa place ici).
3) les consonnes complexes (intellectuellement et graphiquement très différentes de ce qui précède, donc on évite la confusion : l'esprit se repose en étudiant autre chose. C'est pédagogiquement bien vu, même si l'utilisation des consonnes complexes n'est pas d'une grande fréquence dans la langue et qu'on pourrait aussi les étudier n'importe quand dans la méthode).
4) Les finales : gros morceau particulièrement indigeste, qu'on ne peut aborder avant car il faut déjà pouvoir tracer un certain nombre de mots, sinon on manque d'exercices ! Gros morceau, qu'il faut étudier très longuement et progressivement, afin d'éviter la confusion entre ces petits signes, souvent très proches. Néanmoins, la grande différence avec les signes précédemment étudiés en 1), 2), et 3) permet de bien assimiler et automatiser ce qui précède tout en abordant de nouvelles connaissances.
5) Les suppressions. Là encore, une règle intellectuellement nouvelle, qui aborde un point difficile, où l'esprit et la main doivent restreindre leurs élans naturels. Mais je suis d'accord qu'on pourrait étudier ce point-ci avant le précédent. Peu importe, car ce sont des règles très différentes, qui ne pourraient apporter de confusion entre elles.

Arrivées là, les méthodes marquent une coupure nette, avant d'aborder ce qu'on appelle la vraie métagraphie. Cette partie comporte essentiellement des symboles, qu'on appelle initiaux, terminaux ou universels.

Je suis parfaitement d'accord avec les auteurs des méthodes pour que ces symboles soient étudiés après les points précédents, tout simplement pour éviter la confusion. En effet, ces symboles utilisent les mêmes signes que les voyelles, mais à l'envers. Si on les avait étudiés alors que le tracé des voyelles n'était pas encore totalement automatisé dans la main, je ne vous raconte pas la confusion que ça n'aurait pas manqué de produire ! Si les symboles avaient eu d'autres formes, on aurait pu sans problème les étudier juste après les voyelles. Mais là, c'est impossible.

Ce point étant précisé, qu'on étudie maintenant les symboles dans un ordre ou dans un autre est accessoire. Hautefeuille préfère présenter d'abord les symboles universels, mais on pourrait tout aussi bien commencer par les symboles initiaux, ou même les terminaux (ces derniers font d'ailleurs partie de la méthode fondamentale et sont étudiés avec les finales).

Bref, en gros, on doit étudier d'abord les voyelles, et ensuite (et une fois qu'elles sont parfaitement maîtrisées) les symboles métagraphiques. Les autres règles ne sont placées entre ces deux groupes que pour donner le temps nécessaire à la bonne assimilation des voyelles.
Le gros écueil à éviter est donc, vous l'avez compris, la confusion entre les signes. La première confusion est entre les voyelles et les symboles ; ensuite on place les autres règles de sorte d'éviter des confusions entre elles.

Et par dessus le tout, on saupoudre les abréviations dans les différents chapitres, afin de les assimiler par coeur petit à petit, ce qui est, là encore, pédagogiquement éprouvé.

Vous voyez donc qu'une méthode ainsi construite répond parfaitement aux nécessités d'apprentissage, tout en restant dans une logique pédagogique qui vise l'efficacité.
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mttiro



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MessagePosté le: Dim 04 Déc 2011 5:52 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci à Fred de prendre la peine de cette réponse très minutieuse.

Je ne peux qu'être d'accord avec beaucoup de choses. Je nuancerais tout de même un tout petit peu sur quelques autres points, et je procéderai à quelques extensions. Tout en étant parfaitement conscient de la hardiesse apparente (apparente seulement) qu'il y a pour un néophyte à ne pas acquiescer intégralement à ce que dit un expert.

1) D'accord avec le saupoudrage des abréviations. Je n'ai jamais eu d'objection là-dessus, bien au contraire. Et on pousserait même le saupoudrage plus loin, je veux dire sur d'autres rubriques, que je ne m'en plaindrais pas.

2) Corrélativement, entièrement d'accord avec l'idée de ménager du repos, de changer les idées. Justement, pourquoi Hautefeuille & Ramade nous assènent-ils en une masse compacte toute la kyrielle des finales ? Est-ce que vraiment un peu de saupoudrage anticipé, avec, disons, "-ment" et "-tion", ne serait pas bienvenu ? Ce que font H & R, c'est un peu comme si, d'un coup, on vous gavait de tableaux de conjugaison complets.

3) Je ne crois pas un instant que les vieux auteurs, en pratiquant un ordre si différent, et, plus encore, un style parfois si différent, violaient des contraintes pédagogiques impératives. Je crois, et je l'ai dit plusieurs fois, que l'enseignement s'est, dans l'ensemble, rigidifié et asséché.

Et, pour se concentrer sur les bases de la méthode, Duployé pratiquait un style d'enseignement tellement différent de celui de Hautefeuille & Ramade, que ces derniers auraient fait une attaque cardiaque en le voyant opérer. Bien sûr, Duployé visait un auditoire comprenant beaucoup d'autodidactes, de tout âge, même un peu avancé, avec des objectifs divers, alors que H & R travaillaient dans le cadre d'un enseignement maximalement directif, et fixé sur un objectif de professionnel presque unique. Seulement en définitive, pour quelqu'un comme moi (et j'imagine ne pas être le seul), le style professoral ancien à la Duployé est meilleur. Je suis d'avis que les conditions actuelles lui redonnent une nouvelle jeunesse.

Ça n'empêche pas une certaine rigueur. Si Duployé (ni d'autres ensuite) ne donne pas les utiles "paradigmes", tableaux de jonctions de signes selon les combinaisons possibles, il fait en revanche quelque chose de très joli, en même temps que de très utile pour les commençants : des diagrammes d'assemblage fort bien conçus, dans lesquels il fait voir le montage synthétique des signes les uns avec les autres pour construire le sténogramme. C'est l'équivalent anticipé, selon les possibilités de l'époque, des animations de Van Anderson par le truchement d'un programme informatique, que j'avais signalées, dans la rubrique "Connecting letters", sur
http://en.wikipedia.org/wiki/Duployan_shorthand

Duployé aurait adoré ça.

4) L'idée répétée dans tous les manuels suivant laquelle il est impensable de passer à l'étape n+1 tant qu'on n'a pas maîtrisé de façon absolument impeccable l'étape n, s'applique probablement assez bien à des domaines comme les mathématiques. Et encore, car si on attendait de l'élève qu'il ait parfaitement maîtrisé le concept A pour passer à B, il resterait englué dans son pauvre A à perpétuité. Mais ça marche beaucoup moins bien dans d'autres domaines, et on ne peut pas répondre qu'il s'agit d'un savoir-faire physique, vu qu'il y en a des tas d'autres. Peut-être que la sténographie est un savoir-faire totalement atypique, qui ne saurait se comparer à aucun autre. Si c'est le cas, il exige une pédagogie à nulle autre pareille. Sinon, je crains qu'on n'entretienne des petites illusions du côté du professeur, et un peu plus d'inconfort que nécessaire du côté de l'élève.

C'est d'ailleurs ce type même d'illusion qui s'est donnée libre cours à l'époque où l'enseignement "programmé" était à la mode, et cela sur toutes sortes de sujets. Ça ressemblait un peu à ces vieux sites Internet à conception séquentielle, comme celui de la SNCF il n'y a pas si longtemps, ou bien à certains jeux vidéo avec des hiérarchies de mondes étanches entre eux, où des programmateurs pervers se sont ingéniés à faire souffrir au maximum les utilisateurs avant qu'ils méritent de gravir une volée de marches en direction du temple.

Avec de telles stipulations, personne n'apprendrait jamais une langue étrangère, ni le piano, ni l'art du contrepet. Dans beaucoup d'acquisitions de savoir-faire, il est impossible d'éviter des intersections temporelles, où on est un peu au four et au moulin. Non seulement c'est impossible, mais ce n'est même pas souhaitable, si, justement, on veut ménager du repos et un peu de diversion à l'élève. Sous les apparences de la sage circonspection, une excessive rigidité "ordinale" devient alors un petit peu irréaliste, et pas si efficace que ça.

C'est pourquoi, s'il convient d'éviter au maximum les confusions chez l'élève, une insistance trop forte à ce propos néglige le fait peut-être malheureux, mais avéré, que ces confusions seront de toute façon inévitables. Et qu'il faudra se résoudre à les éliminer ultérieurement.

PS - Finalement, l'austère Charles Ramade, qui donne parfois l'impression que, moins on s'amuse, meilleur c'est, a bien dû laisser couler un peu de sirop d'orgeat dans son eau. En 1986 (amolli par la perspective d'une liquéfaction possible de la sténographie ?), il alla jusqu'à accepter de calligraphier des "Jeux sténographiques" !
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